‹ Meres et fils. --Chapitre 61 sur 84 · Ricliard, La femme dans Vhistoire, p. 3oi · texte numérisé non relu

Ricliard, La femme dans Vhistoire, p. 3oi

2. P. LaffiUe, Civilisation chinoise, p. 187, Une restriction sur la femme professeur de morale : Troufleau, Union pour la vérité, Corresp., mars, 1909.

dire que l'attitude des partis, des peuples, des églises envers réinancipation lég-ale de la femme mariée et envers l'émancipation intellectuelle de la jeune fille est comme leur attitude envers la démocratie ' . »

Mais cette émancipation n'est point affaire de sentiment. Elle repose sur des faits; les femmes la doivent à l'élargissement de leur sphère d'activité. « Quand la femme ne quittait point son rouet ou son fuseau, on ne songeait ni à l'instruire, ni à lui donner une capacité civile'. » L'oisiveté des femmes, chère aux monarchies c|ui s'appliquent à la maintenir, consacre l'incapacité des femmes et en même temps retarde les progrès de la démocratie.

C'est ce qu'il faut dire et répéter aux pères. A voir remettre l'éducation des enfants presque exclusivement entre les mains des femmes, ils pouvaient avoir un mouvement de crainte et de mécontentement. Ne serait-ce point l'amorce d'une réaction politique et le premier acte d'une atteinte aux droits de l'homme et à sa dignité? Tout au contraire. La lecture de l'ouvrage que nous venons de citer dissiperait ces appréhensions. Nous ne

I. G. RichartI, La Femme dans V histoire, p. 3o3. 2.. Jd., p. 303.

saurions résumer ici cette riche étude ; on nous permettra d'en donner un dernier extrait, lequel achèvera de montrer l'avantage qui résulterait pour la société d'une coopération plus active de la femme à l'œuvre de l'éducation. « On voit, dit M. Richard, à quel point l'histoire de la femme, à tous les âges, a été liée à l'histoire du travail. Mais l'histoire du travail est, autant que l'histoire du droit et des sciences, le centre de l'histoire de l'humanité. Elle touche en efTet aux transformations du caractère Immain ; elle en rend compte. C'est en créant les forces productives et en faisant peu à peu de l'homme son élève que la femme a exercé l'action la plus heureuse sur les moeurs. Elle a été la première à acquérir les qualités qui font l'homme civilisé : c'est à la discipline du travail qu'elle les a dues. Longtemps il a été de mode d'attribuer à la nature de la femme une douceur, une générosité, une inclination à la pitié que l'on faisait très imprudemment dériver de sa faiblesse. Mais l'observation montre que par « nature » la femme n'est pas moins féroce que l'homme. Partout où la g-uerre, la politique, le crime s'associe la femme, elle dépasse l'homme en basse cruauté, car elle domine moins les réactions de ses sentiments. La femme n'a pu être adoucie que par le travail qui se présentait à elle comme l'unique condition

de l'accomplissenicnt des fonctions maternelles. Elle a fait ensuite l'homme à son image... Aujourd'hui , l'homme est industrieux et pacifique parce qu'il s'est assimile à la femme... C'est dans l'atelier domestique que, sous la direction de la femme, l'homme a acquis les dispositions qui lui manquaient... On a parlé avec emphase d'une morale des esclaves dont la seconde aurait, à une certaine date, remplacé la première, pour le naufrage du progrès humain '. Mais il n'y a pas eu deux morales; il n'y en a eu qu'une, celle des esclaves, ou pour mieux dire, celle des femmes peu à peu acceptée par les hommes. La morale des esclaves et des femmes n'est autre chose que la direction réfléchie de l'énergie humaine vers la domination des forces naturelles et des instincts animaux de l'homme ^ »

La mère est donc l'antique institutrice du genre humain. Mais elle n'est point la seule ouvrière du progrès. Aussi, à côté d'elle, dans la maison, pour élever l'enfant, le père a sa place, a son rôle, l'un et l'autre considérables. Ce serait une injustice et une sottise que de chercher à réduire cette place et ' à rabaisser ce rôle. La civilisation est le fruit d'une

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