I. J. Siiiioû, L'Oiior/rre, p
raconter; soudani il arrêterai I les confidences et s'envelopperait d'ombre! (les choses (juc la mère ne saurait voir ni entendre, seraient-elles une indispensable initiation à une plus large et plus hante existence, à des devoirs dépassant son humble entendement féminin? Est-ce cela? Pour cong-édier la mère y a-t-il de telles raisons? Alors, laissons faire; et que les mères se détournent des 38.288 jeunes gens qui suivent les cours de nos Facultés !
Pourtant, au lieu d'être un initié qui fuit les profanes, si le jeune homme n'était qu'un malfaiteur qui redoute les témoins ?
Nous le savons bien : cette liberté dont on mî-'nt si grand bruit n'est pas l'alfranchissement des basses servitudes! Elle est l'oubli de tout, du respect qu'on doit aux autres et de celui qu'on se doit à soi-même; elle est l'oubli âs^ austères devoirs; elle est l'oubli de la famille | résenle et de la famille à venir; elle est l'oubli du père et de la mère, des frères et des sœurs, des concitoyens, des amis, de tous; elle est l'oubli des travailleurs qui peinent tandis que les étudiants s'amusent; et l'oubli des enfants qui pleureront et souffriront un jour parce que, au lieu d'étudier, les étudiants se sont amusés ! Cette liberté ne libère que les puissances mauvaises enchaînées par l'éducation ; elle est le trioml>he de l'égoïsme et du dérèglement.
A ce moiiient unique de l'adolescence en fermentalion, il faudrait plus que jamais enseigner au jeune homme, et lui faire aimer les sentiments humains et vivifiants, le respect, la fidélité, l'enihousiasme, la noblesse, la pureté, l'amour... Oui donc fera cela, si vous repoussez la mère, ou si elle-même se récuse ? Qui? Le hasard et la première venue que le hasard amènera.
Ici, il faut mettre en lumière un point sur lequel on a tort de ne pas s'arrêter.
Lorsque l'adolescent quitte le collèg-e, ce n'est pas toujours le seul attrait du plaisir qui le rapproche de la société féminine. Un instinct très sûr le guidai, une très noble inclination. Pour continuer son éducation, il lèsent, pour achever d'apprendre à être boii; et juste, et vivant, il a besoin — ah ! non certes d'êt'c lancé dans ce qu'on appelle avec une basse indulgence des aventures de jeunesse — mais d'être affiné, attendri, ennobli, épuré jnir la tendresse féminine.
Quand les mères sont vaillantes et avisées, elles redoublent de dévouement à ce moment décisif et dangereux où la fleur va s'épanouir et le fruit se nouer. Si, au contraire, elles acceptent les lâchetés courantes, le sot adage : « Il faut que jeunesse se passe », la fleur se flétrit, tout Tefïort de léducation antérieure est perdu, un peu plus de doideur
eiilre dans le monde qui atlendait un peu de joie ; ce jeune homme était une espérance, une promesse d'énergie, d'agissante ])onté... Et voici une vraie faillite, génératrice d'autres faillites : en lui, autour de lui, il répand, il sème le malheur et le mal !
Heureux et bienfaisants ceux dont radolescence a été protégée, instruite, ennoblie par une mère, ou par une de ces femmes exceptionnelles qui possèdent la dignité, les vertus, les vaillances et les tendresses de la maternité !
Nous ne pouvons quitter ce sujet sans insister sur un fait rapporté par M. Paul Bourget, dans la relation que, sous le titre Oiitre-Mei\ il a donné vde son voyag^e en Amérique.
Il s'agit de l'école militaire des Etats-Unis. Les Américains ont installé cette école dans un site admirable. Aux portes de l'école, ils ont construit un luxueux hôtel pour attirer visiteurs et visiteuses. Dans ce coin solitaire du comté d'Orange, le principal, on pourrait dire le seul plaisir est de regarder les élèves ofticieis faire l'exercice, et d'assister aux fêtes et aux bals qu'ils donnent trois fois la semaine l'été eî deux fois l'hiver.
Quelle est donc l'intention des Américains ?
M. Paul Bourget donne une explication qui pourrait n'être juste tpi'à moitié. Le Saint-Cyrdes Etats- Unis se recruterait dans les plus bas rangs du
peuple. Alors, dit rauteur, « les Américains ont bien compris celte difficulté d'origine, si l'on peut dire, et ils n'ont point passé outre. Pour y remédier, ils ont pensé que la plus forte des inlluences qui pousse lui jeune homme un peu rude à se dominer, à s'éduqucr dans le sens du raffinement, c'est l'influence féminine. Et ils se sont arrangés pour que les jeunes femmes et les jeunes filles de la meilleure société vinssent là accomplir une belle et patriotique mission ».
D'accord. Les dames de l'aristocratie américaine vont à Westpoint aider les jeunes parvenus à parcourir Vctapp que, sans elles, ils brûleraient. Mais, à mon sens, il y a mieux à dire. Les Américains tiennent compte des faits et suivent les indications de l'expérience. Or, un fait qu'il est facile de constaler sous toutes les latitudes, c'est que la jeunesse aime la société des femmes, que cette société lui est indispensable. Les Américains la lui offrent, à Westpoint, par le procédé que rapporte M. Paul Bourget; ailleurs, par les mœurs scolaires et parla vie sociale, qui l'une et l'autre rapprochent filles et garçons.
Nous, nous nions l'évidence; nous nous offusquons, nous sermonnons, nous flétrissons l'ordre du monde et f(M"mons mille beaux projets pour le contrarier et le modifier... Oui, des paroles;
mais des actes, des actes inspirés par la réalité, dirig-és par la vie et toujours orientés dans son sens, combinés de fa(;on à coopérer avec elle? Non, cela n'est pas dans nos moyens.
Ce qui est sûr, c'est que, le jeune homme arrivé au carrefour où il doit choisir entre les deux sentiers, beaucoup de parents ne lui disent rien; quelques-uns lui parlent en style d'oracle; d'autres crient : casse-cou! prêchent, font de terribles peintures... La moindre précaution intellig'ente vaudrait tous les plus beaux sermons.
Or, nos moeurs n'admettent guère les précautions, Xos mœurs acceptent que les puissances du mal multiplient autour de la jeunesse leurs séductions. Aux puissances du bien quel secours demandent-elles? Au moins l'Hercule antique voyait venir à sa rencontre la Volupté et la Vertu. Aujourd'hui la Volupté se présente seule. Seule, dans les villes où leurs travaux appellent nos fds, elle édifie ses palais et ses temples, qu'on nomme lieux de plaisirs, évidemment parce qu'on admet que la jeunesse peut faire sa joie de gaspiller en ces lieux l'argent (prdle n'a pas g'agné, le temps qu'elle doit à réiud(^, rintellig-ence et les forces qu'elle doit à l'avenir.
Et il est des parents qui sourient, très fiers, qui approuvent en disant : « Il est bon qu'un jeune
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homme vole de ses propres ailes, et qu'avant les servitudes du mariag"e il jouisse de sa liberté. »
Nous serions injustes si nous laissions croire que vraiment, en France, rien n'a été fait pour soutenir et préserver les jeunes gens.
A Paris et dans la plupart des grandes villes existent des sociétés, soit laïques, soit confessionnelles, qui, justement comme nous le souhaitons, aux mauvaises séductions opposent les séductions honnêtes, la vie riche, pleine, haute des nobles âmes. La Ligne française de V Enseignement, par exemple, a ouvert à peu près dans toutes les garnisons ses Foyers da Soldat , dont le nom dit assez la destination généreuse. Les villes d'Université possèdent, presque toutes, la Maison des Etudiants. Nous connaissons, en province, une de ces maisons qui, non contente d'ouvrir ses salles de lecture, de correspondance, de conférences, de fêtes et de jeux aux étudiants, aux employés sédentaires, aux jeunes gens momcnlanément éloignés du foyer, s'ingénie, à chaque foire, pour attirer et choyer les forains, ces éternels passagers qui n'ont de fojer nulle part. Enfin, les Associations amicales d'anciens élèues des lycées et collèges, qui peu
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à peu parviennent à la conscience de leurs devoirs et de leur puissance, suivent leurs pupilles, s'inquiètent de leur réserver, non pas seulement en France, mais même à l'étranger, le fraternel accueil de familles amies.
Nous pourrions encore citer l'exemple des professeurs de Facultés qui ouvrent leur maison aux étudiants. Nous avons eu le privilège d'approcher un de ces amis de la jeunesse. Aidé par la délicate et maternelle sollicitude de sa femme, il organise, le dimanche, des excursions, des matinées, des soirées très simples, très cordiales, où il coinic, en plus des étudiants et des étudiantes, les jeunes maîtres du Ivcée, les étrangers et les étrangères attirés par la réputation d'une vieille cité universitaire, les professeurs des Facultés et leur famille. Ceux qui, dans ces réceptions, ne voient qu'une corvée mondaine, sont des malavisés; ils n'y apportent rien, ils n'en rapportent pas grand'chose. Les autres y trouAent des joies que nul autre lieu, dans cette ville (|ui n'est pas leur ville, ne saurait leur oHiir. Ils en reviennent rafrafchis, fortifiés; il leur semble qu'ils sont allés se retremper dans leur famille.
C'est à dessein que nous écrivons ces derniers mots. Nous voulons souligner ceci que la Ligue (Ir l'Enseignement, les Associations, les Unions
de jeunes gens, les Patronages... font nne œuvre fort belle; mais que de tels groupements, malgré leur dévouement, nég-ligent par force l'essentiel de l'œuvre. Ils ont le plus souvent l'argent, la compétence, l'intelligence qui organise, le cœur qui vivifie... Une chose seule leur manque, mais que rien ne remplace : la société des mères, des g-rand'mères, des tantes, des sœurs, des vieilles dames indulg-entes et expérimentées, des jeunes filles vaillantes et pures. Auprès de la jeunesse, pour l'affiner et l'enthousiasmer, pour l'ennoblir et la fortifier, pour la prémunir et la sauver, il faut la présence .des femmes.
Alors, que conseillons-nous, que demandonsnous encore à ces mères auxquelles déjà nous avons tant demandé?
Nous leur conseillons de suivre leur fils, si elles en ont le pouvoir; d'accompagner l'étudiant; de s'inslaller avec lui, non dans le banal g'arni, mais dans un vrai Ao/«e familial, confortable, séduisant, personnel, et de créer autour de lui, par des relations choisies, tous ces alibis salutaires (le mot est de Michelet) par quoi les mères savent si bien garder leur fils.
« Tout fils, dit Miclielet, qui, uous le verrous, parlait eu counaissance de cause, tout fils devrait être préservé, surtout par sa mère. Que faut-il pour cela? Moius que vous ue peusez, madame. Uue tendresse éclairée, viçilaute, et ces mille ingéniosités si familières à votre cœur féminin. Elles vont suffire pour créer autour de votre enfant une foule d'alibis salutaires. Les femmes, par le fait même de leur pureté, sont, bien plus que les hommes, les g-ardiennes-nées de leurs fils... Le vide seul fait l'inquiétude du cœur et des sens. Ces heures, ces soirées que je voudrais voir se prolong^er quelques années encore au profit de la famille, qui sait si elles ne changeront pas, pour votre fils, tout l'avenir?,
« Sans doute, il pourra être entraîné, par la suite, vers les plaisirs qui abaissent le niveau de l'àme; mais il s'en détournera d'autant plus vite que la pure atmosphère où il aura vécu et respiré à l'aise auprès de vous ne ressemble en rien à celle de ces basses régions'. »
Les mères auxquelles leur fortune ou des circonstances particulièrement favorables permettent de se déplacer feront donc sagement d'accompagner leur fils, non pour monter la garde à ses