I. Michelet, Ma Jeunesse, p
l'âme un joli jardin à la française. Si bien que cette bague de Louis XVIII, couverle de devises, qu'il portait en breloque, ne mentait pas lorsqu'elle disait en se balançant sur son gilet : « Ma vie au Roy ! L'honneur à moi ! — A Dieu mon âme ! Mon cœur aux dames ! » Et Rostand attribue à l'heureuse influence de ces deux fées ce mérite, que H. de Bornier ne partage pas avec beaucoup d'écrivains, de n'avoir fait aucun livre que sa fille ne pût lire d'un bout à l'autre.
Pour un autre de nos grands hommes, l'avenlure est plus instructive encore :
Celle qui, auprès de Lamartine, voulut remplacer la mère absente, le chercha, lui imposa son affectueux soutien. Lue femme âgée, mais charmante d'esprit, entendit parler de Lamartine par un de ses amis, confident de ses premiers vers. C'était M""' la marquise de Raigecourt. Elle pria cet ami de lui amener le poète, qui se déroba. M'"" de Raigecourt vint elle-même le forcer dans sa solitude. 11 habitait alors, en solitaire, une mansarde assez élégante dans l'hôtel du maréchal de Richelieu. « Elle y monta, malgré son grand âge, par un escalier de cent marches. Elle me parla de ma mère, qu'elle avait connue à la cour dans son enfance; de mes vers, qui révélaient, disaitelle, une fibre malade dans un cœur sain ; du dan-
ger de la solitude absolue à mon âge, qui fausse ou qui aigrit les impressions, ces sens du génie; du bonheur qu'elle aurait à remplacer pour moi une famille éloignée et à m 'introduire dans la sienne comme un enfant de plus parmi les charmants enfants dont la Providence avait orné son foyer et consolé ses vieux jours. Je fus d'al)ord contrarié de cette violence d'amilié, puis touché, puis vaincu, et cette maison devint la mienne'. »
C'est M™*' de Raigecourt qui initia Lamartine au monde et à la poésie. Parlant à Michelet de celte femme d'élite, Lamartine disait : « Ma mère m'a commencé, M'"*^ de Raigecourt m'a achevé. »
Si les mères, qui lisent le présent livre, consentaient à ouvrir à quelques-uns de ses conseils leur intelligence et leur cœur, nous les verrions elles aussi commencer et achever de nobles esprits, doter la France de fds purs et vaillants, faiseurs de joies, non faiseurs de peines, et ceux-là seuls risqueraient de gaspiller leurs dons, de manquer leur vie et de gâter la \ie des autres, qui, par un malheur sans compensation , n'auraient eu auprès d'eux, au foyer, au collège, à la Faculté, ni leur mère, ni aucune fine, courageuse et noble assistance féminine.