I. Lamarline, Cours fuinilier de liit., p. 2GG
Proli'in si/ie /tia/re creidain.
Eli résumé, que veut le présent livre?
Esl-il une crilicjue du collè§e, de son organisalion, de ses programmes, de ses traditions ? Est-il un plan de réformes? un ensemble de prescriptions impératives à l'adresse des familles et plus particulièrement des mères, auxquelles il prétendrait enseigner leurs devoirs, et qu'il régenterait, et mènerait comme par la main, depuis le mariage jusqu'à l'heure où, émancipés par le baccalauréat, les jeunes garçons entrent à leur tour dans le monde?
Il se peut qu'il semble être cela, parce qu'il est à peu près impossible d'exposer des vues sur l'éducation sans paraître condamner, surtout sans paraître commander.
Mais il est autre chose.
Ce que nous avons voulu d'abord, c'est que
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notre livre nionlràt l'injuslice et rimprudence de ceux qub dans nos institutions scolaires, jug-ent tout caduc et funeste et condamnent à tort et à travers. Héritée du passé, l'org-anisation universitaire a droit à notre respect et à notre reconnaissance. Chargée d'élaborer l'avenir, elle réclame de notre part une sollicitude éclairée, un dévouement toujours en quête des corrections fécondes et des intelligentes additions. Le prog^rès n'est possible que là où s'équilibrent et coopèrent l'esprit d'initiative et la tradition. La chose publique a moins besoin de censeurs que de collaborateurs : in liberlate labor.
Ce que nous avons voulu ensuite, c'est que notre livre fît rélléchir les familles, qu'il persuadât aux femmes que, dans l'éducation des enfants, elles ont un rôle à jouer et vraiment le plus grand rôle.
L'émancipation de la femme a, un instant, paru consister dans l'afFranchissement des obligations et des devoirs. Ménage et mariage ont passé pour des sujétions indignes ; et c'est en dehors de la famille (|ue la femme a pensé trouver son véritable champ d'action.
Gell(5^ que n'égaraient point cette erreur étaient ('loi^^-nées de l'enfant par d'autres illusions. Certaines considéraient que le meilleur moyen de se
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dévouer à la famille c'était de s'eng-ager dans le inonde, afin de préparer longtemps à l'avance et de gagner j)ar de savantes manœuvres à leurs enfants, relations, amitiés, appuis, patronages cl faveurs. D'autres, en présence des progrès de toute technique et de la difficulté croissante de tous les apprentissages, ont été honteuses et effrayées de leur incapacité. Pour soigner le nourrisson, pour surveiller le garçonnet et l'instruire, elles n'ont plus eu confiance en elles-mêmes et se sont effacées devant la compétence de remplaçantes professionnelles. D'autres ont été simplement de mauvaises mères qui faisaient passer le plaisir avant le devoir.
De tels égarements ont assez duré.
On a dit : « La femme profondémeut sérieuse et morale peut seule guérir les [)iaies de notre temps, refaire l'éducation de l'homme, ramener le goût du bien et du beau. » Et les femmes ont senti que cette parole était vraie. L'ardeur avec laquelle elles entrent dans des carrières où la concurrence avec l'homme exige les [)lus g'i'ands efforts, l'initiative qu'elles déploient dans l'organisation des œuvres d'assistance et de relèvement social démontrent que les femmes renoncent à la vie oisive ou frivole et reviennent, par ui^^^détour, à leur mission, qui est nourrir, élever l'enfant, créer la vie et la vie bonne.
Peut-être ont-elles rendu leur cœur à leur naturelle vocation du jour où elles ont repris confiance en elles-mêmes. Et l'on peut croire, à riionneur de l'Université, que celte confiance a été rendue aux femmes du jour où l'Université a entrepris de cultiver leur intelligence et leur cœur. On ne dira jamais assez combien, depuis 1880, il s'est élaboré de sentiment, d'énergie, de vertu, dans les maisons d'éducation qu'a suscitées la loi Camille Sée, et dans ces autres séminaires laïques : Sèvres, Fontenav-aux-Roses et les Ecoles normales de jeunes filles.
Aussi, grâce à- l'activité généreuse qui opérait là et rayonnait au dehors, s'est formée une armée d'institutrices et de professeurs, de mères, de grand'mères, de tantes, de sœurs à la fois renseig-nées et résolues, munies d'une forte culture générale et d'une spéciale préparation aux devoirs féminins. Ces femmes nouvelles se donnent allègrement à leur œuvre propre, c'est-à-dire à l'institution des enfants.
-Est-il nécessaire de reprendre ce que tant de pag-es ont affirmé, établi : que la femme, que la mère, par l'enfant et pour lui, a créé la civilisation? Que créer la civilisation au début, dans le
lointain passé, et chaque jour encore la recréer et l'avancer, c'est la mission de la femme?
Est-il nécessaire de démontrer que là où la femme est détournée de la maternité, et la mère est éloig-née'de l'enfant, les puissances du mal prédominent? la société souffre et fait souffrir? les sources du bonheur et de la vertu tarissent? H y a des moments et des pays où l'on se complaît à cette monstrueuse gageure : élever des hommes sans l'aide des mères ! Prolem sine inatre creatam! 0 les horribles générations, inhumaines., vouées au malheur et au mal!
Qui dit cela? Oui prononce cet anathème? Mais la nature elle-même.
Un savant écossais, auquel nous avons fait plus d'un emprunt, H. Driimmond, saluait, dans l'apparition des mères, le plus grand, le suprême et dernier effort de la nature, la date inoubliable, l'avènement de l'humanité.
Auparavant, la terre ne connaissait que d'informes créatures, sans spiritualité, sans amour; de la matière organique, rien de plus. Par une ascension voulue, la nature s'est élevée jusqu'à quelle chose? jusqu'à l'àme. Après les protozoaires, elle créait les cœlentérés, les échinodermes, les vers et les mollusques; puis les poissons, les amphibies, les reptiles, les oiseaux; puis quoi? Les mammifères,
les mères! Les séries s'arrêtent là. La nature n'a plus rien ajouté, parce qu'avec les mères elle a introduit dans le monde : la pensée, l'amour, l'humain, le divin!
Avant les mammifères, les espèces se reproduisent; mais nulle part on ne trouve une mère qui reconnaît son petit et le nourrit; un petitqui connaît sa mère et s'attache à elle; une mère et un petit qui, mutuellement, s'instruisent et se perfectionnent et s'améliorent. On a des œufs qui éclosent seuls; on à des larves si différentes de l'être qui les a produites, que cet être, même s'il pouvait se douter que cette larve est la chair de sa chair, ne saurait que faire pour elle. Pour la larve engourdie, ou pour le ver rampant, que pourrait l'insecte ailé?
Avec les mammifères, quelle révolution! La mère, dès que son petit vient au jour, se reconnaît en lui. Voudrait-elle abandonner cet autre ellemême? ses mamelles gonflées, douloureuses, la ramènent, la retiennent auprès de lui.
Et, chez l'homme, par une faveur qui — nous l'avons dit au début de ce livre — a longtemps passé pour une disgrâce, la faiblesse de l'enfant se prolong-eant durant des années, cette école d'amour, de dévouement, de qualités et de vertus, où la mère est si longtemps maintenue, cette école a pu donner des leçons inoubliables et fécondes; elle a
contraint la mère à enfanter son petit à une seconde vie, à la vie de l'esprit, du cœur, de la conscience, de l'âme.
C'est cette disposition si bienfaisante de la nature que nos mœurs ont, un temps, travaillé à contrecarrer. La dissipation du monde , pour certaines femmes, la nécessité de la vie à gagner, pour les autres^ ont empêché un grand nombre de Françaises d'être des mères. L'internat a eu sa part dans cette malfaisante dérogation à la loi de nature, il a contribué à éloigner de l'enfant les femmes qui sont la partie la plus pure de toute nation.
Par bonheur, la réaction a commencé. Il faut, par tous les moyens, en accélérer la marche. Une mesure excellente pour les classes laborieuses, où il serait difficile, sinon impossible, de ramener tout de suite la femme de l'usine au foyer, se trouve préconisée dans Y Union pour la Vérité '. Deux correspondants proposent de remplacer l'instituteur par l'institutrice. « J'y vois, dit l'un deux, M"" L. Troufleau, j'y vois de très grands avantages éducatifs. Laisser aux mains des femmes, jusqu'à leur treizième année, nos futurs paysans, nos futurs ouvriers, ce serait affiner la démocratie ; l'affiner physiquement en lui donnant de meilleures habi-