‹ Mérimée et ses amisChapitre 107 sur 160 · SENTIMENTS ENVERS NAPOLÉON III · texte numérisé non relu

SENTIMENTS ENVERS NAPOLÉON III

y a, au début, en ce qui touche Napol<;on 111, une imperceptible nuance de doute et d'ironie. Cependant, sans qu'il le sût lui-même, sa séduction était commencée.

Prévost-Paradol, au moment où il combattait l'Empire avec le plus de vivacité, a dit que Napoléon III était « un parfait gentleman », et ce point n'avait pas moins d'importance pour Mérimée. Lorsqu'on paraissait devant l'empereur, le calme et la perfection de ses manières mettaient, d'abord fet tout ensemble, les gens à leur aise et à leur place. Une attention profonde et bienveillante achevait la conquête du visiteur. Ceux qui sortaient de son cabinet étaient enchantés de lui parce qu'ils étaient enchantés d'eux-mêmes. Une longue habitude fortifiait cette impression. Il ne caressait pas les gens de lettres comme beaucoup de princes l'ont fait avant et depuis. Mais ceux qui le pratiquaient longtemps n'ont jamais senti en lui ce mépris secret de notre métier, que les grands déguisent mal sous leurs empressements intéressés. En attendant que Mérimée en vint à aimer dans Napoléon III un confrère qui partageait ses

goûts et pensait comme lui sur les sujets essen? tiels, il suivait curieusement les moindres mouvements du grand joueur politique dont un coup de fortune l'avait rapproché. Unjoueur heureux, qui se fie au hasard parce qu'il s'en sait bien traité et auquel ses inadvertances mêmes réussissent : telle est la comparaison qui revient souvent dans les premières lettres et qui disparaît dans la suite de la correspondance. Peu à peu il s'avise que le joueur a un système. « Je commence, écrit-il, à connaître l'inflexibilité de votre gendre. » La première fois qu'il se risque à parler des affaires d'Espagne, il n'obtient d'aulre réponse qu'un tortillement de moustache. Soit, cela doit être, et les Anglais ont raison de mettre cette inscription sur leurs paquebots : « Ne parlez pas à l'homme qui est à la barre ». Pour un souverain, le premier mérite est d'avoir une volonté, et le second de la cacher. La force de l'empereur réside surtout, pense-t-il, dans une sorte d'intimité mystérieuse avec Tàme de la nation. « Il a, dit-il, un tact incroyable pour deviner les mouvements si singuliers de ce pays. Où diable a-t-il appris cela, et quel démon

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