DERNIER MOT SUR MÉRIMÉE DIPLOMATE
reconnaître l'approche des temps nouveaux, la transformation qui se préparait dans les idées et dans les mœurs. « Cela a commencé, disait-il, quand on s'est mis à aller en bottes à l'Opéra. » Il voyait venir la « démocratisation » de l'Angleterre et n'en augurait rien de bon, car elle allait, croyait-il, contre le, génie individualiste de la nation.
Telles sont les impressions qu'il rapportait on France. Quelques jours, ou quelques semaines plus tard, sous les grands marronniers de Saint- Cloud ou sur la terrasse de Biarritz, l'empereur, appuyé sur la canne de son oncle (que surmontait un bec d'aigle mâchant la boule du monde), faisait crier le gravier sous son pas lent et rythmé. Mérimée marchait à côté de lui, racontant ce qu'il avait vu delà haute société anglaise, mêlant l'anecdote mondaine à l'information politique et soulignant, çà et là, sa pensée d'un mot vif, qui faisait sourire Napoléon III.
Là se borna la politique de Mérimée. Son ami du Brihsh Muséum eut des heures de fièvre et d'illusion; lui, jamais. Sa susceptibilité, autant que son tact, le défendait contre ces excès de
zèle qui perdent les diplomates amateurs. Il ne savait pas simposer ni s'insinuer, se rendre nécessaire; il n'avait pas cette effroyable patience de l'ambition qui souffre tout, se sert de tout, qui se couche plus tard que le vice et se lève plus tôt que la vertu. Il craignait « le tortillement de moustache v». — « Vous savez, écrivait-il à la comtesse de Montijo, que vous avez un gendre qu'on ne fait pas parler comme on veut. » Il y avait des jours oii il trouvait l'empereur fermé. Il cherchait à amener l'entretien sur la Rome papale de 1862, et on lui répondait en parlant de la Rome républicaine de l'an 50 avant Jésus- Christ. Ce refroidissement intermittent n'était peut-être que de la distraction. Mérimée l'attribuait à d'autres causes et se reculait plus loin qu'il n'eût fallu.
Il eût fait certainement bonne figure dans une de ces grandes situations où l'éloquence est un défaut et où le talent d'écrire est, au contraire, plus qu'une grâce et un ornement. Pourquoi donc ne fut-il jamais ambassadeur?
Je l'ai dit, il n'était pas marié. D'ailleurs, Napoléon III connaissait à fond cette nature d'homme