‹ Mérimée et ses amisChapitre 149 sur 160 · Voir à l'appendice V · texte numérisé non relu

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DERNIER COUP d'ŒIL. 355

crois un témoin oculaire \ à la surprise dont je viens do parler et la changèrent en je ne sais quel sentiment indécis et pénible. On interrogea les deux dames anglaises. Peut-être leur imputait-on déjà un excès de zèle; peut-être croyait-on, aussi, à une de ces faiblesses de la dernière heure qu'il plaît à certains chrétiens étroits d'appeler des conversions. Rien de tel ne s'était passé. Miss Lagden et Mrs Ewers se retranchèrent derrière « la volonté écrite » de leur ami, et cette volonté s'était manifestée près de dix-huit mois avant le moment fatal.

En effet, dans le testament de Mérimée, daté du 30 mai 1869, on lit ces lignes très claires : (( Je désire qu'on appelle à mon enterrement un ministre de la confession d'Augsbourg ».

Je ne veux point commenter cette phrase. Placez-la en balance avec toute la vie et toute l'œuvre de Mérimée ; puis, pesez-la et voyez si elle leur fait équilibre. Quelques-uns imagineront qu'il ne fut pas insensible au plaisir de

4. M. le docteur Buttura, ancien maire de Cannes, lui-même en relations fréquentes, sinon intimes, avec Mérimée. Quant au médecin qui soignait Mérimée dans ses derniers jours, c'est M. le docteur Gimberl.

jouer un dernier tour aux prêtres catholiques en léguant sa dépouille à leurs rivaux. Beaucoup penseront que chez cet homme, toujours correct et mesuré, ennemi du scandale et des manifestations qui ressemblent à des défis, ce codicille fut un acte de suprême décence, qu'il voulut éviter une blessure posthume et un sujet d'attaques, après tant d'autres, à ses amis des Tuileries. D'autres, enfin, se diront avec émotion que la souffrance avait ouvert cette âme, si longtemps close et rebelle, à des espérances qu'elle avait dédaignées. Je ne puis ni troubler ni partager leur joie, mais j'ai le devoir d'efîacer cette ligne que j'avais écrite : '< Mérimée est mort comme il avait vécu , hors du christianisme ».

Dans ce même testament, il exprimait le désir que ses funérailles fussent très simples. Il ne voulait point un enterrement de sénateur, mais acceptait une députation de l'Institut. Les circonstances décidèrent qu'il n'y aurait autour de sa tombe ni Sénat, ni Institut. En réalité, sa mort passa presque inaperçue. Vivant, tous les journaux de l'Europe avaient annoncé sa fin;

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