‹ Mérimée et ses amisChapitre 20 sur 160 · INFLUENCE DE BEYLE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE BEYLE

comprendre ce qu'éprouvèrent les jeunes j^-ons de 1820, après cette terrible et ruineuse débauche de gloire, qu'ils avaient à réparer.

Beyle ne put faire accepter à Mérimée toutes ses théories sur la femme. Le fils d'Anna Mérimée n'admit jamais pour bon que toute vertu, comme toute place forte, dût se rendre si elle était convenablement attaquée. 11 riait du sérieux de Beyle, lorsqu'il assurait que rester seul avec une femme pendant un quart d'heure sans lui dire qu'on l'aime est le fait d'un lâche et d'un insolent. Beyle avait été dragon et ne s'en rétablit jamais complètement. Il eut toute sa vie, sur l'amour, les idées de la grosse cavalerie : aimer au commandement, vaincre avant que la trompette sonne. Mérimée ne fut pas l'élève de ce don Juan à cheval, parce que, en amour, on n'est l'élève de personne.

Mais à qui Mérimée devait-il le goût de la musique italienne, si ce n'est à Beyle, qui eut ce goût jusqu'à la fureur? A qui, encore, ce paradoxe très fin, mais malheureusement infécond, sur la critique d'art, que M. Paul Bourget a rajeuni, dans ses Se7isatiofis d'Italie : à savoir

qu'on devrait juger d*un tableau ou d'un opéra d'après les règles propres à la peinture et à la musique, et non pas, comme Diderot nous a montré à le faire, en y cherchant une scène, des sentiments, des impressions dramatiques.

Beyle enseigna à Mérimée que Racine « manquait de mœurs », c'est-à-dire qu'il a peint les passions dans un lieu vague et vide qui ne tient d'aucun pays ni d'aucun siècle. Il lui a révélé la moitié de Shakspeare, non le poète, qu'il ignorait, mais l'observateur et le peintre, qu'il comprenait à peu près. Par là, il l'a ramené à l'étude des faits, au premier rang desquels il plaçait les faits de l'àme. Conciliation très simple et subordination très nécessaire par laquelle peut être résolu l'antagonisme, plus apparent que réel, de l'école naturaliste et de l'école analytique.

Quant à la forme, Mérimée ne voyait aucune raison pour renoncer à la langue du xviii® siècle, et cette obstination devait lui coûter cher, car il n'y a pas de mots dans le vocabulaire de Voltaire pour analyser les sentiments d'un homme et d'une femme de notre temps. Il ne prenait pas

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