‹ Mérimée et ses amisChapitre 29 sur 160 · INCIDENT DR VOYAGE · texte numérisé non relu

INCIDENT DR VOYAGE

revint sous sa plume longtemps après. C'était, raconte-t-il, près de Cainpillo de Arenas. « Mon guide me prenait pour un Anglais parce que je ne vendais rien, que je ne saluais pas les madones et que je nfarrètais pour regarder les vieilles pierres. Il me montra un passage très difficile dans la Sierra de Jaën et me dit qu'il avait servi de guide au général Molitor et à sa division en 1823, et qu'elle avait passé par là, infanterie, cavalerie et canons. « Si vous aviez « vu ces soldats tout jeunes et sans barbe pousser « aux roues des canons et les faire passer en « moins de rien par des chemins impraticables, « vous auriez dit comme moi, monsieur, que le « proverbe ment qui dit que les Français ont des « cœurs de poules. » Ainsi, conclut Mérimée, nous avons été de Cadix à Moscou pour qu'il existe à Campillo de Arenas un pareil proverbe sur notre compte! »

Pendant qu'il étudiait Velasquez et applaudissait le taureau, Paris avait renversé une dynastie. A ce sujet, Jules Sandeau, recevant à l'Académie française le successeur de Mérimée, a mis en circulation certaine anecdote que Tau-

leur de Colomba « se plaisait », dit-il, à raconter. Pendant le siège des Tuileries, un jeune homme qui suivait la bataille avec beaucoup de curiosité s'approcha d'un gamin qui, armé d'un fusil de munition, lâchait son coup au hasard dans la direction du château. « Tu ne sais pas tirer, dit le jeune homme. Prête-moi ton arme. » Le gamin obéit. L'inconnu épaule, vise avec soin et fait feu. A l'une des fenêtres du palais, une cible humaine, un Suisse est tombé. L'enfaat, plein d'admiration, s'écrie : « Gardez le fusil, monsieur : vous vous en servirez mieux que moi. — Oh! moi, dit froidement le jeune homme, ce ne sont pas mes opinions. » Et il continue sa promenade.

Il règne dans le récit de Jules Sandeau une certaine ambiguïté qui a permis aux ennemis de Mérimée de s'en emparer. D'après eux, c'est lui qui serait le triste héros de l'histoire : ce qui ferait de lui à peu près l'égal de ce comte de Charolais qui tirait les couvreurs sur le bord des toits pour s'exercer l'œil et la main'. La légende

1. C'est Gliodruc-Duclos qui est le héros, réel ou supposé, de l'horrible anecdote. (Note de la deuxième édition.)

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