‹ Mérimée et ses amisChapitre 46 sur 160 · Voir à l'appendice V · texte numérisé non relu

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jeune homme, à chercher les aventures de nuit, aux environs de TAlhambra, où un baiser pouvait être suivi d'un coup de couteau; c'est ce même goût qui le portait à étudier la langue des Tsiganes comme on étudie le sanscrit ou le grec, à demander, dans un coin solitaire de l'Asie Mineure, l'hospitalité, plus que douteuse, d'un campement de Tartares, à accepter, enfin, avec empressement une invitation à un tea-pariy de gipsies, à Barcelone, dont on lira plus loin le récit dans une page inédite.

Ors' Anton, le héros de Colomba, et son amoureuse anglaise nous intéressent peu. La poétique de 1840 voulait que les amoureux n'eussent point de caractère. En revanche, nos pères et nos grands-pères étaient très exigeants en ce qui touche certaines qualités dont nous sommes en train de faire des défauts : ordonnance du récit, proportion des parties, logique des situations, identité des caractères, choix des détails, politesse et fini du style. Ils appréciaient la netteté quasi chirurgicale avec laquelle une action était découpée dans la réalité, de façon à former, du début au dénoûment, un tout isolé,

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compact, complet : non pas un morceau de vie, mais une vie à part, un organisme indé[)en(lant. A ce point de vue, la vieille critique n'avait rien ti reprocher à Colomba *.

Lorsqu'on lit les lettres que Mérimée écrivait, en route, à ses amies, pendant le cours de ses tournées d'inspection, on serait tenté de croire que ces voyages étaient pour lui de pénibles corvées. Il partait avec dégoût, revenait avec lassitude. Tout le long du chemin, il maudissait la saleté des auberges et l'ineptie des conseils municipaux, la bêtise des provinciaux et la laideur des provinciales. Les Bretons l'ennuyaient, les Gascons le fatiguaient. La vulgarité des Provençaux l'exaspérait, et il ne commençait à leur trouver de l'esprit que quand il était au milieu des Flamands et des Picards. Les dames de Caen, d'Aurillac et de Chaumont ne pouvaient être qu'affreuses, puisqu'elles ne savaient pas s'habiller. « La femme à l'état sauvage est toujours laide » : ses élégantes amies, les Parisiennes, lui avaient appris ce dogme et il y croyait, car il faut toujours être croyant et naïf par quelque bout, surtout quand on se pense un

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