‹ Mérimée et ses amisChapitre 48 sur 160 · DESSINS DE MÉRIMÉE · texte numérisé non relu

DESSINS DE MÉRIMÉE

voisin une grande composition dans le goût des prix de Rome d'il y a soixante ou quatre-vingts ans : Bumollard, r assassin des bonnes ^ poursuivi par les ombres de ses victimes. Il a illustré, assez agréablement , l'exemplaire manuscrit de la Chaynbre bleue qu'il offrit à l'impératrice. Il recommença à plusieurs reprises le portrait de Mlle Dacquin sans jamais se satisfaire. Un chat, dessiné par lui, fait le gros dos sur la couverture du petit livre de M. Tourneux que j'ai déjà cité. Entin, j'ai sous les yeux une copie à l'aquarelle d'un prétendu Velasquez dont il ne put faire accepter l'authenticité par les amateurs de Madrid et auquel il crut jusqu'au bout, comme il crut àLibri. Cette copie, faite pour être soumise aux amis de la comtesse de Montijo, donne ridée de ce qu'il pouvait faire en s'appliquant. Le travail est très serré; c'est vigoureux, fin et sec : du vrai Mérimée.

Fils d'artistes, grandi dans le milieu où se forment les sculpteurs et les peintres, il assistait de près à une révolution du goût et k la naissance d'une esthétique nouvelle; il prenait sa part des discussions parmi lesquelles elle vint

au monde. Il était lié avec David d'Angers, Devéria, Gélestin Nanteuil et Delacroix. De tels hommes ont dû agir sur la formation de ses conceptions artistiques; peut-être n'a-t-il pas été sans influence sur leurs propres opinions. On lit dans les notes d'Eugène Delacroix : « M... me disait : « Je définis l'art, l'exagération à « propos. » — Et pourquoi ? Parce que les anciens employaient, dans leurs théâtres, des masques, des porte-voix et des cothurnes. M. Tourneux veut que ce M... soit Mérimée. C'est possible, mais ce n'est pas sûr. La définition est subtile; elle peut être juste, en beaucoup de rencontres. Si je ne me trompe, elle s'applique mal à Mérimée. On le trouve plus souvent en deçà qu'au delà. 11 appartient à l'art qui suggère, non à l'art qui exagère.

Bien qu'il se soit moqué quelque part de l'architecte pour qui un musée n'était qu' « une galerie ornée de tableaux », Mérimée ne voulait pas qu'on oubliât de subordonner la peinture et la sculpture à l'architecture qui, par deux fois, leur a donné naissance. C'est dire qu'il abordait les questions de ce genre en historien plulôl

Page 1