CRITIQUE D ART
qu'en philosophe. Ce point de vue convenait bien, semble-t-il, à un inspecteur des monuments, qui doit, être surtout sensible au rôle décoratif de la peinture et de la sculpture. Les rapports de Mérimée sont des essais de critique architecturale suivant le précepte de Beylc : « Juger d'un art d'après les règles techniques et non d'après une impression dramatique, une émotion littéraire ». La crainte de n'être pas compris ou d'ennuyer retient d'ordinaire les critiques qui s'adressent au public. Mais on ne craint jamais d'ennuyer un ministre. Pour pratiquer cette méthode, il fallait des connaissances spéciales : Mérimée se les donna. Il les perfectionna, pendant plus de vingt ans, par l'étude patiente et continue des monuments eux-mêmes, observés de près et sans système préconçu.
Si la méthode professée par Reyle et prati- • quée par Mérimée a ses avantages, elle a aussi ses défauts. Elle est courte par beaucoup d'endroits; elle ne rend pas raison de tout. Mérimée parlait savamment de stylobate et d'archivolte, de voussure, de frette, de meneau et de modillon, mais il ne songeait pas à chercher l'àme
de l'architecture gothique. Il démêlait fort bien ce que cette architecture devait au roman et au byzantin, mais il ignora toujours ce qu'elle devait à la religion.
Il explique, par des raisons scientifiques, que l'ogive n'est pas, comme le veut l'opinion vulgaire, ce qui caractérise le gothique. L'ogive ne fut, pense-t-il, au début, qu'un pis-aller, un expédient de constructeurs ignorants pour masquer les irrégularités de leur bâtisse. Le plein cintre demeurait pour eux le style noble, le type parfait. Il fallut bien du temps pour que l'ogive cessât d'être honteuse d'elle-même et prît conscience de sa beauté. Le caractère du gothique est, selon lui, plus général. C'est la légèreté, par opposition à la solidité qui avait été le caractère de l'âge précédent, du romano-byzantin. Cette légèreté, Mérimée consentirait à l'admirer, s'il ne devait l'acheter par la vue des contreforts u hideux » qui, à l'extérieur, soutiennent ces murs si frêles. Si on lui dit que ces contreforts sont une beauté, il se fâche tout à fait. Il se moque de son ami Du Sommerard qui parle de la « fabrique aérienne » des cathédrales. Il a