XIV PRÉFACE
qu'il avait mis à ma disposition. On trouvera donc cette bibliographie à la fin du volume. Elle ajoute à mon livre ce caractère de précision érudite auquel la liberté du récit, le souci dominant des analyses intimes ou des tableaux de mœurs ne m'avaient permis ni d'atteindre ni même de prétendre.
Qu'ai-je fait de tous les documents livrés avec tant de générosité et de confiance?
Je n'ai pas été assez maladroit pour découvrir un Mérimée inconnu, mais j'ai tâché de remettre à neuf l'ancien, qui est le seul vrai. Je me suis efforcé d'expliquer d'où il venait, où il allait et où il s'est arrêté, de déterminer son rang d'écrivain, son rôle à part de classique réaliste, son influence comme introducteur des génies étrangers; ses facultés, ses opinions, ses connaissances et dans quel ordre il les rangea; ses défauts, dont quelquesuns étaient charmants, et ses vertus, car il en eut, et, si l'on tient à trouver quelque
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originalité dans mon liavail, je consens à avoir été nouveau sur ce point. J'ai analysé sa façon de goûter la vie, de juger la société et la politique, de connprendre la i'emine; cette singulière distribution morale d'un cœur fin et d'un esprit passionné; enfin l'étrange destinée qui donna comme scène finale à cette vie de dilettante et d'enfant gâté une agonie tragique, presque héroïque.
En tout et partout, il était homme d'esprit. C'est ce qui donne à une étude de Mérimée le genre d'attrait rétrospectif qui s'attache à l'anatomie et à la physiologie des espèces disparues. Parmi les écrivains qui sont arrivés à la réputation depuis vingt ans, trois ou quatre ont de l'esprit, mais ils en ont trop. Pour les jeunes gens un homme d'esprit est une manière de bouiïon qui florissait encore sous le second Empire, un malheureux qui faisait des mots comme le parasite romain, ou des culbutes comme l'homme de joie [glceman)