XVI PRÉFACE
des banquets saxons. On les étonne quand on leur apprend que cette subtile essence se mêlait à tout, même à la religion, même à l'amour; que l'esprit est proprement la vivacité, rapide et sûre, de la fonction intellectuelle, cette force de projection qui fait de la pensée un « trait » : mot très suggestif dont le sens s'est effacé par l'abus.
Pour être si mal vu, l'esprit a dû commettre bien des crimes. A moins qu'il ne
doive cet ostracisme à des raisons connues des Athéniens. Il semble, tout balancé, qu'il a empêché plus de sottises qu'il n'en a inspirées. Telle grosse bêtise qui fait en ce moment son chemin dans le monde des idées aurait été arrêtée au premier défilé par une douzaine de railleurs, armés à la légère, et on n'est pas très tranquille à la pensée de ce qui arrivera lorsqu'il n'y aura plus personne pour se moquer du monde.
« L'esprit sert à tout et ne suilit à rien. »