‹ Mérimée et ses amisChapitre 62 sur 160 · Correspondance avec la comtesse de Alontijo, 11 mai · texte numérisé non relu

Correspondance avec la comtesse de Alontijo, 11 mai

l'éloge de NODIER. 11',.!

vérité est que Nodier avait été le contraire de ce que Mérimée voulait être. En amour, en politique, en histoire, il avait été le jouet de son imagination, il avait vécu dans une perpétuelle imposture, à demi volontaire. Voilà ce qu'avait à louer un autre homme de lettres, remarquable surtout par la continuité de son vouloir, la fixité de ses idées, la franchise cassante et la sèche précision de sa parole. Sa colère se déchargeait donc en mots excessifs et injustes dans sa correspondance intime. « C'était, écrivait-il, un gaillard qui faisait le bonhomme et avait toujours la larme à l'œil. Je suis obligé de dire, dès mon exorde, que c'était un fieffé menteur.... Enfin, vous entendrez ce morceau si je ne meurs pas de peur en le lisant \ » Il écrivait à Mme de Montijo, en parlant de sa réception : « J'y pense comme à la mort. C'est un vilain moment qu'on ne peut, éviter, mais auquel on ne songe guère parce qu'il n'est pas fixé d'avance. Malheureusement je saurai bientôt le jour néfaste où je devrai pérorer \ » « Con-

l. Correspondance avec Albert Stapfer, 10 oct. 1844.

"2. Correspondance avec la comtesse de Alontijo, avril 1844.

naissGz-vous, écrivait-il encore, une sainte dans votre martyrologe qui serve dans ces occasions-là? Brûlez-lui un cierge en ma faveur. »

La cérémonie, retardée par la maladie de M. Etienne, eut lieu le 6 février 1845. Voici comment il raconte lui-même son « supplice » dans une lettre datée du surlendemain : « J'avais la plus belle peur du monde, et l'on m'a dit que j'étais la vraie peinture d'un pendu qu'on mène à la potence. Mon visage était de la même couleur que les broderies vertes de mon habit. Mais je ne m'étais appliqué qu'à un point : c'était à conserver ma voix. J'ai lu mon discours assez bien. Au bout de cinq minutes j'étais presque à mon aise et j'ai prononcé ma péroraison comme si je l'avais fait devant trois personnes. On a paru content. J'ai été satisfait du public : j'espère qu'il l'est de moi *. » Sous cette modestie un peu étudiée, son plaisir est visible. Il était toujours ainsi lorsqu'il avait à paraître et à parler en public : la joie d'en être quitte lui persuadait

1. Correspondance avec la comtesse de Montijo,8 février 1845.

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