‹ Mérimée et ses amisChapitre 63 sur 160 · LA SEANCE ET LE DISCOURS · texte numérisé non relu

LA SEANCE ET LE DISCOURS

qu'il avait parfaitement réussi. Les épigrainmes du Journal des Débals troublèrent un peu cette satisfaction; mais il les attribua à son refus de donner des articles à ce Journal sur les questions d'art \

Il faut bien le dire, le partisan le plus déterminé de Mérimée aurait grand'peine à trouver quelque chose à admirer dans ce discours. Il s'était donné une peine infinie pour faire entendre qu'il n'était pas dupe des mensonges de Nodier; il ne s'en était donné aucune pour découvrir et rendre les grâces réelles de l'écrivain. D'ailleurs le morceau était composé avec les ingrédients ordinaires de ces harangues, suivant le goût à la fois réactionnaire et libéral du petit public académique. Il y « flétrissait » les excès de la révolution avec une éloquence un peu apprêtée. « Triste temps, s'écriait-il, où l'honnêteté a besoin de se guinder jusqu'à l'héroismç et où la faiblesse se précipite au crime! » A cette phrase-là il dut y avoir, parmi les hommes, de pathétiques

1. Correspondance avec la comtesse de Montijo, 13 février 1845. C'est pour faire plaisir à M. Thiers que Mérimée avait réservé sa collaboration au ConstUutionnel.

hochements de tête; un « Ah! » d'admiration pâmée dut sortir de dessous les capotes de cabriolet dont se coiffaient les Bélises de ce tempslà lorsque Mérimée laissa tomber cette autre phrase : « Nodier croyait fuir les gendarmes et poursuivait les papillons ». On rencontrait aussi, placées de distance en distance, comme des factionnaires, les formules qui servaient de mots de passe : « La religion des règles...; le culte de nos grands modèles...; la langue de Pascal et de Bossuet, cette arche sainte à laquelle il est défendu de toucher ». Goethe attrapait un compliment équivoque et Shakspeape était « le génie sans frein ». L'orateur avait glissé, comme rançon de ces banalités, un éloge de Rabelais, personnage alors mal famé pour s'être permis de naître plus d'un siècle avant Boileau, et cette timide assertion qu'il serait peut-être temps de « donner à la France un peu de la liberté des littératures étrangères ». Mérimée s'était promis d'être « modéré et plat » : il s'était tenu parole. Il avait racheté Arsène Guillot,

Préparation de Don Pôdre. — Voyages à xMadrirl ; l'Olympe de la comtesse de Monlijo. — Séjour à Barcelone; M, de Lesseps; les gilanos. — La camarera mayor. — La société française à la fin du règne de Louis-Philippe. — Les tristesses de l'année 1847. — AlTaire Praslin.

Aussitôt qu'il fut de l'Académie, il abandonna les études romaines qui l'y avaient conduit et ajourna indéfiniment la Vie de César. Il se reprit de goût pour les choses espagnoles qui, pendant quelques années, suflirent à employer l'activité de l'historien et du romancier. C'est le moment où l'inlluence de la comtesse de Montijo est le plus sensible sur sa vie d'écrivaiu. On a déjà vu qu'elle lui avait inspiré Carmen^ ^(\m ferma, en 1845, la première phase de soti œuvre comme conteur. Elle le poussa, dans le même temps, à écrire l'histoire de don Pèdre. Sur ce

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