‹ Mérimée et ses amisChapitre 65 sur 160 · PREPARATION DE V DON PEDRR · texte numérisé non relu

PREPARATION DE V DON PEDRR

Nodier. La comtesse, qui no connaît pas la défaillance, le soutient dans ces crises, dans ces moments de sécheresse ou de dég^oût, bien connus de tous ceux qui ont écrit un long- ouvrage. Il s'adresse à elle dans toutes ses difficultés : « Vous m'avez habitué, dit-il, à vous considérer comme ma Providence ' ». Il cherche, en s'aidant de ses lumières, à deviner le charme de Maria Padilla. « Ce charme résidait, dit-il, dans la grâce particulière aux femmes de votre pays et que nous n'avons aucun mot pour exprimer, tandis que vous en avez quatre. Je cite garbo, donayre, salero et zandunga, et je définis garbo la grâce noble, c?o?iai/re la grâce jeune de tournure, d'esprit et la grâce coquette, salero la grâce un peu provocante et zandunga la grâce excessivement provocante -. » Voilà de jolis cas de linguistique à soumettre à une femme, et on n'est pas surpris qu'une femme puisse les résoudre. Mais ce qui est plus curieux, c'est que la comtesse deMontijo est également prête à fournir des détails sur l'origine du rite mozarabe, sur la nature et

4. Lettre à la comtesse de Montijo, 28 mars 1846. 2. Ihid., du 4 septembre 1846.

l'étendue de certains droits féodaux relatifs au logement et à l'équipement des troupes, et sur le sens de certains vieux mots techniques, disparus de la langue depuis le xiv^ siècle. « Je suis, écrivait-il, tout confondu de votre érudition. Comment se fait-il que vous sachiez si bien ce que tous mes dictionnaires, y compris celui de l'Académie royale, n'ont pas su m'expliquer *? » De son côté, il ne s'épargnait pas. Il allait au fond du Worcestershire pour y examiner un prétendu manuscrit de la chronique perdue de Juan de Castro, évèque de Jaën. Dans l'automne de la même année (1846), nous le voyons établi aux archives de Barcelone, se débattant au milieu de trois cents in-folio, qu'une écriture ancienne, une langue archaïque et souvent les idiotismes de dialecte semblaient rendre inaccessibles à un étranger : « J'espère, dit-il en souriant, que mon biographe me tiendra compte de mon honnêteté ^ ». C'est fait. Quand le livre fut fini, pris de scrupules, assiégé de vues nouvelles, il le recommença tout entier. Le début de l'ouvrage

Page 1