‹ Mérimée et ses amisChapitre 67 sur 160 · SECOND VOYAGE EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

SECOND VOYAGE EN ESPAGNE

tion stratégique très forte; en cas de troubles, c'était la première à laquelle song-easseiit les émeutiers et le gouvernement. Mérimée ajoutait — et cette plaisanterie le charmait — que sa chambre était la clé de la position. D'où il suivait que Tordre ou la révolution avait cause gagnée dès que l'un ou l'autre tenait la chambre de Mérimée.

Lorsque l'émeute rendait Madrid inhabitable, la»comtesse de Montijo se réfugiait à Carabanchel. On y dansait, on y « soupirait », on y jouait la comédie. Mérimée, machiniste, peintre de décors, souffleur et metteur en scène, plaçait tous ses talents à la disposition de son hôtesse. Il se trouvait parfaitement heureux au milieu des charmantes personnes qui formaient « l'Olympe » de Mme de Montijo. 11 écrivait à Mlle Dacquin : « .rétais seul avec six femmes, dont la plus âgée avait trente-six ans, et je n'étais amoureux d'aucune ». Ce mot était-il une précaution pour donner le change à la jalousie de son amie? Non; il l'eût plutôt attisée qu'éteinte. Mais il savait qu'il y a dix mille manières de jouir de la présence et même de la beauté des femmes, et

que Tamour-désir n'est qu'une de ces dix mille manières-là. En quoi il était fort supérieur à son ancien professeur de satanisme.

En 1846, il ne dépassa pas la capitale de la Catalogne. M. dfe Lesseps, cousin germain de la comtesse de Montijo, était alors notre consul général à Barcelone. Mérimée se lia rapidement avec lui et l'apprécia à sa valeur : « C'est un fort galant homme, écrivait-il, et qui nous fait fort honneur à Barcelone. Je crois qu'on va l'en retirer pour le nommer consul général à Alexandrie. Ce sera une perte pour les Français de cette ville et son successeur aura de la peine à le remplacer '. >•

Pendant le mois de novembre 1846, Mérimée passait ses journées aux archives de Barcelone et ses soirées au consulat de France. Il réservait un peu de son temps à « ses amis » les gitanos. <( Hier, dit-il, on est venu m'inviter à une tertullia^ à l'occasion de l'accouchement d'une gitana. L'événement avait eu lieu depuis deux heures seulement. Nous nous trouvâmes environ

i. Lettre à la comtesse de Montijo, décembre 1846.

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