‹ Mérimée et ses amisChapitre 90 sur 160 · UN DÉSIR D'AUGUSTINE BROHAN · texte numérisé non relu

UN DÉSIR D'AUGUSTINE BROHAN

de le produire sur la scène du TliéALre-Frariçais Les amis de Mérimée avaient-ils voulu lui ménager la surprise de se réveiller un malin auteur dramatique et auteur à succès? Pas le moins du monde. Augustine Brohan s'impatientait d'être condamnée aux Dorines à perpétuité. Elle aspirait à un succès de jolie femme; elle tenait à se montrer sur la scène telle qu'elle se voyait souvent dans la vie réelle, avec un homme à ses pieds, et il ne lui déplaisait pas que, pour commencer, cet homme fût un roi, ou à peu près. L'idée lui vint-elle toute seule? Lui fut-elle suggérée par M. Arsène Houssaye, alors administrateur général de la Comédie-Française? Ce qui est certain, c'est que Mlle Brohan, dès qu'elle connut le rôle, en raffola, en rêva. A tout prix, il lui fallait être Périchole. Elle écrivit à Mérimée une lettre qui le troubla profondément. Ce qui rend la situation piquante, c'est que — si j'en crois le malicieux post-scriplum d'une lettre que M. Arsène Houssaye * a bien voulu

1. M. Arsène Houssaye a raconté l'aventure dans le troisième volume de ses Confessions. Mes recherches personnelles et d'autres témoignages me permettent d'ajouter quelques traits à son récit.

m'écrire à ce sujet — Mérimée avait alors un goût très vif pour la comédienne. Il était donc aussi embarrassé que son vice-roi pour refuser le carrosse à Périchole. Cependant la bague lui conseillait toujours de se méfier et cette fois la bague avait raison. Il écrivit à Mlle Brohan la lettre suivante * :

16 septembre 1848.

(( Madame, v

u Je suis très surpris et très flatté que vous preniez plaisir à des vieilleries comme le Carrosse du Saint-Sacrement. J'aurais cependant deux petites objections à le laisser représenter.

« Premièrement, cela a été écrit à une époque oii il y avait un peu de courage à se moquer des vice-rois et des évèques. Maintenant ces pauvres gens sont si bas que je me ferais scrupule de faire rire à leurs dépens. En second lieu, la pièce, si pièce il y a, a obtenu, il y a vingt ans, tout le succès auquel elle pouvait prétendre. Je me souviens qu'elle obligea Mme la duchesse de

1. L'original de cette lettre se trouve dans la collection de RI. Alfred Arago.

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