‹ Mérimée et ses amisChapitre 93 sur 160 · ADIEU AU THEATRE · texte numérisé non relu

ADIEU AU THEATRE

tiques; il se les refusait à lui-môme. Qui sait si le public et Mérimée ne se trompaient pas tous deux? Un homme qui, apparemment, s'entendait quelque peu aux choses du théâtre et qui avait vu de près tomber le Carrosse^ Emile Aug-ier, n'en* persista pas moins à croire que l'auteur des Esjjagnols en Danemark, et, plus tard, des Débuts d'un aventurier^ possédait quelques-uns des dons nécessaires à la scène, puisque, à l'apogée de son propre succès, il lui propose une collaboration. D'ailleurs le Carrosse n'avait pas dit son dernier mot, en matière théâtrale. 11 devait prêter le nom de son héroïne à une des plus brillantes opérettes d'Offenbach et fournir une situation à une des jolies pièces de M. Meilhac. Si Mérimée avait pu toucher des droits d'auteur pour cette unique scène du roi Candaule qu'il avait inspirée, ces droits eussent été fort supérieurs à ceux dont il avait fait, en 1850, le dédaigneux abandon \

Après l'aventure du Théâtre-Français, de nou-

1. Je citerai, pour mémoire, la tentative bizarre de deux jeunes poètes qui, l'année dernière (189;{), ont mis en vers le Carrosse du Saint-Sacrement el Vont fait jouer sous cette forme, à rOdéon.

veau je perds de vue Mérimée pour quelque temps. Il semble qu'à cette époque il ait écrit peu de lettres ou que ses amies aient mis moins de soin à les conserver. La correspondance reprend lorsqu'il va en 1851 visiter l'Exposition universelle de Londres et refaire connaissance avec ses amis les Anglais. Beaucoup de choses le charmèrent, d'autres lui déplurent : ses lettres à la comtesse de Montijo et à Mlle Dacquin trahissent ces impressions opposées, mais également justes. Il appréciait l'esprit d'ordre, la commodité parfaite, la perfection des arrangements matériels ; le jargon religieux et la fausse bonté le dégoûtaient et l'ennuyaient, comme ils ont, depuis, ennuyé et dégoûté d'autres Français, jetés par leur libre fantaisie ou leur mauvais destin sur les blanches falaises d'Albion. Le clergyman lui faisait aimer le capucin, son vieil ennemi. D'autre part, il reconnaissait que « tout ce qui peut se faire avec de l'argent, du bon sens et de la patience, les Anglais le font * ».

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