‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 102 sur 177 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

ter. Les plus belles personnes vinrent trouver Merlin ; c'étaient, api:ès Genièvre, Iseult aux blanches mains, Sigunc, sœur d'Amfortès, Brunissende, Orbance Tangélique; de crainte de faire trop de bruit, elles avaient eu soin de faire déferrer leurs palefrois.

« Au moins, lui disaient-elles, vous veillerez sur nous; si vous ne nous donniez votre parole, nous aurions peur vraiment.

— Dormez sans peur, » leur répondait Merlin.

Et Floramie, la fiancée de Titurel, Amide, surnommée Héliabelle, Hélène sans pareille, au cœur dolent, reprenaient :

« Nous nous fions à vous, seigneur! quand le moment viendra, réveillez-nous sans faute, nous sommes très-matinales.

— Foi d'enchanteur ! je vous réveillerai à l'heure propice. Dormez votre sommeil magique.»

. Et tout ce que Ton comptait de plus charmant à la cour d'Arthus s'endormit à la belle étoile dans les cavernes, sur la mousse ou sur des lits de feuilles, pour être plus vite prêt à l'appel du malin; et l'une avait les mains jointes sur la poitrine, l'autre les avait-coUées au corps ; celle-ci avait la tête sur un oreiller de granit qui ployait à son gré; celle-ci avait préféré le marbre parce, qu'il & la blancheur des vierges ; cette autre le porphyre. Toutes avaient pris d'épais linceuls d'écarlate à cause du vent des nuits dont aucun toit ne les garantissait.

Ainsi, quoique Merlin n'eût point fait exactement ce (ju'il voulait, il conserva néannioins dans le inonde sr

renommée d'enchanteur. « Après tout, se disait-il, le» songes ne valent-ils pas bien la vie ? Je n'ai pu, il est vrai, malgré mon bon vouloir, conserver à Arthus son empire réel. Mais je lui ai donné à la place Tempire des songes. Qui sait si celui-là n'est pas le véritable! »

Ces réflexions n'étaient qu'un artifice de l'enchanteur pour dissimuler son impuissance à lui-même. Qu'il était loin de l'ingénuité de ses premières années ! Il commençait à se payer de mots. Pour la première fois, il manqua de franchise avec lui-même, au lieu de reconnaître qu'il n'était plus ce qu'il avait été. Hélas I combien ce premier tort a eu d'irréparables suites !

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