‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 136 sur 177 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

esl pleine de ce même vin dont s'csl enivré Lancelot! » Le Titan attristé qui portait Tancien monde sourit, et SCS yeux dévorèrent d'avance le breuvage. Après lui avoir tendu sa coupe vermeille, Merlin ôta le monde des épaules d'Atlas et il en chargea les siennes. Mais il n'en fut point oppressé et il ne consentit pas à se tenir courbé. Surtout sa tête resta droite, élevée vers le ciel, si bien qu'il ressemblait à un joyeux vendangeur qui. après avoir rempli sa corbeille, porte sa provision de raisin au pressoir. Encore était-il cent fois plus léger de soucis que les vendangeurs ne le sont pour l'ordinaire.

« Tu le vois, ami, dit-il à Atlas, qui tenait encore la coupe sur ses lèvres longtemps après l'avoir vidée. C'est avec l'esprit que je porte le monde, non avec le corps ; en sorte que mes épaules no sont point surchargées ; ni les muscles, ni les tendons des bras ne se fatiguent en aucune façon, et la plante des pieds est aussi ménagée. Fais de même à ton tour, et, certes, le fardeau de l'univers te sera plus léger. Mais surtout, débonnaire Titan, empêche de choir les peuples que tu as presque renversés, en les tenant si bas, la face contre terre. Tiens, imile-moi et cesse de gémir.

— J'essayerai, Merlin, » répondit Allas, auquel ce court moment de répit avait rendu ses forces. Car il s'était assis, le corps ramassé, sur une des bornes du chaos qui se trouvait, par hasard, revêtue de mousse en cet endroit; et, ayant pris quelque nourriture, bien désaltéré par provision, suffisamment repu, bien réconforté

3li MERLIN L ENCHANTEUR.

de paroles, bien soulagé de cœur, la léte plus droite, le pied mieux assis, le jarret plus nerveux, ]p bras plus tendu, la main plus serrée, surtout la pensée plusferme, Tdme plus roide, Tespérance plus haute, là fantaisie plus riche, il reçut de nouveau le monde sur ses épaules carrées; et vous eussiez dit qu'il ne l'avait jamais porté un seul jour, tant sa vigueur était nouvelle. 11 est de fait que toute la terre se ressentit de l'allégement et de Tallégresse du Titan. Ceux qui se croyaient le plus pr^s de Tabîme se virent relevés sans savoir pourquoi. Beaucoup de ceux qui étaient sur le faîte tombèrent irrévocablement dans le gouffre; et le& choses reprirent ainsi leur équilibre.

Tant que Merlin put apercevoir Atlas, il ne cessa de se retourner pour l'avertir et pour Tencourager .

« Bien , Atlas ! Courage, mon Titan ! Tu penches trop en arrière! un peu en avant, te dis-jcl Avance donc, vieux géant! Ah ! voilà que tu retombes dans ton

ancienne erreur !... »

Mais déjà ces objurgations se perdaient dans Téloignement du sépulcre. Atlas, resté seul, ne les entendait plus.

. Voilà comment Merlin consolait du fond du tombeau les mondes désenchantés, en sorte que le sépulcre,

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