‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 153 sur 177 · LIVRE xxin. ses · texte numérisé non relu

LIVRE xxin. ses

puis être tranquille. Pauvres pygmëes, je connais leur mesure. Aucun d'eux ne garderait plus d'une heure cet empire du mal que j'ai contenu, conservé, agrandi jusqu^à ce jour. Moi seul, j'ai pu les gouverner. Que je disparaisse un seul moment 1 Je leur lègue un beau chaos, le chaos de l'enfer.... Défier la création, lorsque le plus petit, le moindre des insectes, pourra se lever contre mpi, sans péril, cela irait à ma fierté I Je m'assiérais sur ce même rocher. Je convoquerais autour de moi tous les êtres, prêt à rendre mes comptes à chacun *\l'eux.... Sylla, Dioctétien, voilà des exemples dont je puis m'autoriser.... Moi aussi, je cultiverais en paix mon jardin de Salone; je vivrais ici de mes laitues... N'ai-je pas comme eux, plus qu'eux cent fois épuisé la coupe'/ Me reste-t-il une illusion? Ne sais-je pas que les ténèbres ont des bornes et qu'on se lasse de tout, même de Tenfer ?... 11 est sûr que je ne sens plus en moi cette confiance qui m'a soutenu dans ma jeunesse. Attendrai'je que je sois vaincu? ou ôterais-je à la défaite l'occasion me frapper? Lequel est le plus habile ? )»

Comme il se parlait ainsi à loi-même, son pied détacha un bloc de rocher qui roula dans le gouffre. L'abime répondit par un rugissement. En même temps, Merlin parut à ses côtés.

«( Prenez garde de tomber, mon père. Cet endroit est des plus ruineux. Allons plutôt nous asseoir sous ce bouquet d'arbres.

— Écoute. Tu es un grand enchanteur, répondit

3«i )1ERLIN L'ENCIIANTBDR.

TAïeul en s'appuyant sur le bras de sou fils. Je crois, ma foi, que tu m'as ensorcelé. »

Bientôt, ils se trouvèrent loin des bords du précipice, dans un lieu des plus champêtres. Les troupeaux funèbres paissaient tranquillement. Le centaure, leur gardien, veillait couché sur Therbe, d'où s'élevait ^sa tête vénérable.

a Encore une fois, dit Satan, je ne suis point insensible à cette vie rustique. Comment y revenir, après des jours si dévorants, voilà la question. Voyons! quelle est la doctrine? Ton église? Ton Credo? Parle franchement. A quelle église prélends-tu me convertir? o

Merlin ne s'attendait pas à cette question. Il avait seulement préparé un certain nombre de scènes, de rencontres, de tableaux de la vie des champs, sur lesquels il comptait pour ramener la paix dans l'âme bnilante de Satan. Il espérait que la fraîcheur sacrée de son sépulcre s insinuerait d'elle-même dans le cœur du chef des misérables. Quand il l'entendit lui faire une question si directe, son embarras fut visible. Sans se donner le temps de réfléchir, il répondit un peu inconsidérément :

« Le moyen le plus sûr serait de faire votre paix avec le ciel.

— Tout douxl Cela est bien vague. De quel ciel parles-tu ? Il y en a de tant de sortes !

— Mais, reprit Merlin de plus en plus troublé, le ciel d'où vous êtes tombé !

— Dis donc le paradis, si tu l'oses ! répliqua son père d'une voix de tonnerre.

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