‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 16 sur 177 · LIVRE XIII. .S · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. .S

jurer que je ne monterais plus sur les- glaciers, tant que durera la saison des frimas. En retour, j'ai exigé que l'odieux, le ridicule Phébus fût congédié pour jamais.

Voilà, Merlin, le récit fidèle de ces derniers jours. Croyez-vous, enfin, être aimé? L'étes-vous? ou tout cela n'est-il qu'un songe? Vous jugerez, sans doute, qu'il est temps de répondre.

Ne demandez pas combien de fois Merlin porta à ses lèvres cette dernière lettre dans laquelle il retrouvait Viviane tout entière. Il affecta, pendant plusieurs jours, de ne pas vouloir répondre, espérant à chaque instant qu'il lui viendrait un autre message et trouvant un plaisir infernal à prolonger le désespoir de sa bien-aimée. Mais son calcul ayant été déçu, il commença à craindre qu'elle ne se consolât, et se résignât à vivre sans lui; il prit alors le parti de rompre le silence, ce qu il fit, après de longs monologues, de la manière suivante :

MEIIL'N i/eNGHAISTEUR A VIVIANE.

Royaume d'EpisIrophius, mois des myrtes.

Vos messages, Viviane, m ont été remis presque tous à la fois, à la réserve de celui que vous avez confié au papillon. Quoi qu'il en dise, je ne Tai point vu, et je vous

supplie de ne plus remployer désormais. Il est incapable de rien de sérieux; il mêle à tout une frivolité qui me blesse à cause de vous.

J'ai tremblé à la lecture de vos lettres. Celte nuit d'hiver dans les Alpes I ... Ne crdignez-vous pas enfin de jouer avec la destinée ?

I^ lutte n'est pas égale entre nous, Viviane. Caque tu souffres, -tu las youlu aveuglément, impitoyablement. Ta volonté, ton orgueil sont satisfaits. Mais moi! je voulais être heureux, je Tétais. C'est malgré moi que tout s'est accompli. Tu m'as arraché mon bonheur tout vivant. J'ai crié comme un enfant, et tu as été sourde. Aujourd'hui tu me rappelles ; qui me dit que ce n'est pas là un caprice nouveau? Veux-tu me rendre la vie pour me l'ôter encore? Sache que je n'ai plus la force de souffrir. Je hais, j'abhorre la douleur ; et toi tu la cherches, tu t'y complais, au moins dans celui que tu prétends aimer.

Que me parles-tu des glaciers des Alpes? Ils sont moins froids que ne l'a été ton dernier regard. Va 1 tu ne m'as jamais aimé un seul instant ; qui sait même si tu es capable d'aimer autre chose que toi? Mon amour était trop brûlant pour ton cœur pétri de la neige des monts. Ne te souviens-tu pas que tu prétendais qu'il te consumait comme le soleil consume les neiges nouvelles? Et moi, insensé, quand tu prononçais ces paroles, j'avais la folie d'en sourire. Je crois même que je les trouvais adorables, quand c'était l'expression nue de l'incapacité où tu es de sentir davantage.

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