‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 165 sur 177 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

Mrile par rélerjiel désespoir. Mais il ne savait si cela était en sa puissance, et il hésitait. « Laisse-aioi faire, enfant, ces portes me connaissent. » Et le Maudit les souleva sur ses épaules. Après les avoir arrachées de leurs gonds, il les précipita au fond de Tétang des pleurs. Un peu plus loin, il aperçut des brandons qui se rallumaient; il les éteignit sous son pied-bot. On entendit un soupir immense au fond des goufTres.

« C'est le dernier râle de l'enfer, écoutons. »

Puis, après une pause :

« Encore une fois, Merlin, moi, moi seul, j'ai détruit Tenfer, Mon châtiment, c'est moi qui me l'inflige.

— J'en suis témoin.

— Moi seul, j'ai délivré le monde de ce qui faisait sa terreur; et le monde m'en raillera. Je m'en repens déjà, comme d'un suicide ; mais le mal que j'ai détruit, je peux encore le refaire;

— Ne vous repentez pas, mon père. Par tout ce que je vois, le temps de la réconciliation est arrivé. Le plus beau jour de ma vie sera celui où je l'annoncerai au monde.

— Tout beau, mon fils. Voilà précisément ce qui me coûte le plus. J'ai bien pu renve^er l'enfer. Mais en faire l'aveu au monde, est vraiment au-dessus de mes forces.

— Ce sera la cérémonie la plus simple.

— Au moins, ne convoque pas, comme tu en as trop l'habitude, les mondes, les sphères, les comètes, et (que sais-je?) la voie lactée pour témoin. Si la chose doit se

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faire, qu*elle soit au moins sans fracas^ J'ai pris goût à la simpUdté. Que tout se passe donc en famille. Deux ou trois témoins, pour la création, cela suffit, je pense. Il me serait matériellement impossible de supporter, comme autrefois, les regards moqueurs de tous les soleils assemblés.

— Choisissez vous-même vos témoins.

— Eh bien I Voyons ; les plus intimes, Jacques, Tarchevêque«Turpin, le prêtre Jean.

— Qu'ainsi soit! » répondit Merlin, dont le cœur débordait de joie.

Il se fût bien gardé de (*,ontrarier son père sur un détail, quand, à force de précautions, il Tavait vaincu sur presque tout le reste.

«Vous, vous seul, serez mon. démon tutélairel » poursuivit-il.

Pendant que ces choses se passaient, le plus petit des esprits du mal, Farfarel, grâce à sa petitesse même, avait réussi à s'échapper de la destruction de l'enfer. Il méditait à l'écart sur cette grande ruine, et se disait à lui-môme :

« Voilà ce qu'il en coûte de contrefaire le ciel ! Nous avons voulu être trop fins, trop habiles I C'est nous qui avons créé Merlin ; c'est Merlin qui nous a perdus. L'enfer a été dupe de l'enfer ; il le sera toujours 1 »

Il se tut, espérant qu'aucun œil ne l'apercevrait dans ces ruines. Une voix s'entendit au loin, claire, ailée, argentine. Farfarel eut peur d'avoir été surpris; il cacha sa tête sous son aile et il se boucha les oreilles

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