‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 169 sur 177 · LIVRE XXI Y · texte numérisé non relu

LIVRE XXI Y

aucutie réponse, imagina de leur chanter, de sa voix In plus haute, traînant sur chaque syllabe, les trois cou- ]4ets de Taubade suivante :

Voici l'étoile qui pfiiit; En gazouillant l'hirondelle s'éveiiie Peuples dormeurs, sortez du lit ! * Elle a souri l'aube vermeille !

Qu'a dit la guette sur la .tour?

Ia guette a dit : Honni soit qui sommeille.

Peuples, debout 1 voici le jour.

Elle a pâli l'aube vermeille.

Couronné d'or et de jasmin.

Dans le verger le jour flamboie.

Là-bas, quel chnmp d'azur poudroie?

Peuples, debout! Voici votre chemin !

Hais, endurcies comme elles Tétaient, les nations refusèrent de s'en fier aux aubades de Jacques. Après ravoir raillé jusqu'à lui tirer pins d'une larme, elles se rendormirent du sommeil des trépassés.

Il fallut donc que Merlin, lui même, indigné, se rendit auprès d'elles; et il cria, d'une voix qui brisa son sépulcre :

« Nations paresseuses, levez-vous 1 Arthus est réveillé! »

En même temps, il s'arma d'un fou%t qu'il fit retentir dans le monde souterrain ; et les quadriges, impatients de revoir la lumière, s'agitèrent sous les vastes ])ortiques creusés dans le tombeau.

A ce bruit nouveau pour elles, les nations mortes s'é-

iOC MERLIN ï/ENCHANTi:ni.

veillèrent; elles cherchèrent à talons autour d'elles les vêtements de fôte qui leur avaient été préparés ; puis, revêtues d'une pourpre himineuse, elles inorilèrènt sur leurs chars et reparun»nt au jour, jrunes el vermeilles, si bien qu'elles semblaient autant d'aurores nouvelles, automnales, qui fuyaient la demeure des ténèbres.

Quelle fut celle qui reparut la première au jour el rendit au monde une partie de l'ancienne joie perdue? Est-ce toi, Italie, que je vois se hâter si vite hors de la tombe à peine ouverte? Ah! prends garde à ce sentier mal éprouvé, qui côloie les monts au bord de l'Adige. Fais monter sur ton char le prophète pour qu'il dirige mieux tes chevaux que trop de soleil enivre. Si tu étais précipitée une fois encore dans les flots sanglants du Tibre ou de TOglio, nul ne pourrait te sauver.

Est-ce toi qui passes, Pulonia? Tu glisses sur la neige durcie sans y laisser l'empreinte de ta course rapide. La fausse aurore t aveugle. Défie toi de ce que tu as trop aimé, ce chemin te ramène au sépulcre.

Est-ce toi qui devancés les autres^ ô Hongrie ! dont les chevaux effarés respirent encore la mort? Prends pitié* de ceux que tu as foulés trop longtemps, et vois comme ils sont prêts encore à te haïr. Ne les fais pas repentir d'avoir pleuré sur toi.

Est ce toi, Rouuianie, toi la mieux ensevelie?

Est-ce toi, ô la plus aimée?...

Mais la poussière s'élève sous leurs pas et m'empêche de discerner quelle est la première qui franchit le sépulcre,

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