‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 171 sur 177 · LIVRE XXlV · texte numérisé non relu

LIVRE XXlV

eii sommeillaiil; personne n y prenait garde, tant par Fhabitude et le laps des ans, elle lui seyait à merveille.

ÎFort dégoûté des gens de guerre, il ne leur pardonnait pas de l'avoir ébloui si longtemps, et presque aveuglé du clinquant de Tépée.

Pour envieux, il ne Tétait plus en rien. Qu'eût-il pu envier? Il avait tout à souhait, faisant son chevet de la félicité d'aulrui.

Content de sa paysannerie et de sa gauloiserie, il ne reniait plus ses aïeux. Il rougissait d'avoir contrefait, un jour, le gentilhomme.

Certes, il eût bien voulu venger le noble Arthus de tous ceux qui avaient insulté à son sommeil ; il lui proposa de leur courir sus ; déjà, il tenait à la main le glaive nommé la mort bleue. Mais Arthus l'assura qu'il raffligerait d'en jet^r le fourreau. Sa gloire en serait diminuée; son cœur de roi était las de hair; pardonner, serait le courtiser. Et ces raisons qui autrefois eussent fait bondir Jacques de colère entrèrent dans son cœur; tant il était déjà épuré et pénétré d'avance par la pluie dejustice qui imprégnait alors, jour et nuit, la terre.

Le lendemain, à la pointe du jour, il visita son champ qu'il trouva en friche et fort diminué. Mais avant même qu'il songeât à s'en plaindre, on l'avait agrandi d'un

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vaslc emplacement que Tenfer avait laissé, en se retirant ; et il se trouva que cette portion nouvelle était d'une merveilleuse fertilité à cause de la gi^ande abondance de cendres de Gomorrhe, mêlées de pleurs, dont elle était couverte.

Quelquefois, en labourant, il trouvait sous la glèbe un croc, un trident, une fourche brisée, un anneau tout rouillé, demi-rompu, de la chaîne infernale. Son soc de charrue heurtait un reste calciné de fournaise ; l'abîme résonnait sous Tattelage. Alors, ses vaillants bœufs s'arrêtaient épouvantés et respiraient le soufre. Lui-même il reculait d'un pas. 11 contemplait Tabime, et s'étonnait qu'un si grand mal eût pu être détruit. Puis il aiguillonnait ses bœufs, pour leur faire franchir Tin franchissable borne.

Et il semait la moisson prochaine dans le sillon des maudits. Il se réjouissait de voir ses épis verdir dans la gueule de Tenfer.

Déjà il entendait les merles siffler là où avaient sifflé les démons; il voyait les bouvreuils nicher dans un débris du trône vermoulu de Satan.

Là ou avait été le cercle des tièdes, il plantait ses vignes frileuses ; où avait été la région glacée des grin-^ céments de dents, il faisait croître le mélèze et le sapin ami des bivers ; mais dans les fosses de bitume, il rassemblait les orangersr, les citronniers et les pommiers sacrés.

S'il restait quelque part un antre enfumé^ une crevasse, un puits de douleur, c'est là qu'il dressait son

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