‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 174 sur 177 · LIVRE XXIV. 4i2i · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV. 4i2i

regard. Sans leur parler il les maitrisait et semblait dire : « Suivez*le ! c'est mon fils I »

Un moment incertaine, la troupe infernale se hâtait de suivre les porte-bannières.

Mais leur légion était confuse; ils marchaient sans voir, tant ils étaient éblouis par les rayons du jour.

Ils ressemblaient à des oiseaux de nuit, surpris par le soleil d'été, au pied de la blanche maison de Minerve.

A mesure qu'ils passaiei\t, les nations devenaient pâles, craignant qu'ils ne brisassent leurs liens.

Mais voyant qu'ils étaient domptés et prisonniers, elles recommencèrent à suivre le cortège.

Alors venaient les oiseaux des bois, au plumage diapré ; ils volaient et planaient, en chantant, sur le cortège, et l'ombrageaient de leurs ailes.

Après eux on voyait la troupe des bardes, des poètes, de tous ceux qui savent chanter des hymnes. Leurs voix montaient au-dessus des nuages. Ils se regardaient les uns les autres pendant qu'ils chantaient : c< Triomphe I u triomphe ! »

Venaient alors les génies de l'air, et de l'eau, çt du feu ; ils brandissaient des thvrses cl formaient une mul* titude innombrable ;

Puis ceux qui n'étaient jamais sortis des veines des métaux et des pierreries, et qui se trouvèrent libres ce jour-là ;

Ceux qui habitaient les froids glaciers des Alpes pennines d'où ils n'étaieht jamais descendus et qu'aucun soleil des anciens jours n'avait pu réchauffer;

m MERLIN L'ENCHANTEUR.

Ceux qui vivent pétrifiés dans le cœur des rochers ;

Ceux qui habitent le front des étoiles et qui, jusquelà, avaient méprisé la terre;

Ceux qui font leur séjour dans la voie lactée et dédaignent d'en descendre ;

Ceux qui n'eurent jamais de nom dans aucune langue et qui n'avaient jamais été évoqués ;

Ceux qui sont cachés au fond de Tâme du juste ;

Ceux qui vivent retirés et inexorables dans les cieux d'airain, ou qui végètent endormis au fond des siècles d'argent et de bronze ,

Ceux qui se cachent dans les poitrines endurcies fermées à la pitié.

Tous ceux-là sortirent pêle-mêle de leure retraites pour la première fois, et ils s'écriaient aussi : « Triomphe! ô triomphe! »

Et les cieux d'airain et de plomb commencèrent à s'émouvoir; ceux qui n'avaient jamais pleuré versaient des larmes de joie qui ne pouvaient tarir.

Même les séraphins et les chérubins, perdus aux derniers confins de TEmpyrée, se sentirent ravis; les joues gonflées, ils criaient aux quatre vents : « Alléluia ! Gloire à Dieu ! » .

El ceux qui étaient taillés en pierre, aux porches des cathédrales, ouvrirent soudainement leurs bouches de granit et de porphyre. '

Et toutes ces voix païennes, chrétiennes, humaines, tilaniques, d'anges, de fées ou de démons, répétaient : « Triomphe I o triomphe! l'enfer est vaincu I »

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