LIVRE XIII
dire) votre âme est faite de ce qu'il y a de plus pur sur la terre, de Tâme des roses prin tanières : je le crois, je le reconnais, je suis prêt à le publier ; mais, en revanche, avouez-moi qu'elle n'a rien d'humain. Cette confession est tout ce que je demande à ce moment suprême.
Sachez aussi que je ne vous blâme pas ; je ne vous accuse pas, non, je vous plains, cela est très-difTérent. Nous nous sommes mépris l'un sur l'autre, en pensant que nous nous ressemblions, tandis que tout nous sépare. Tôt ou tard, le divorce aurait éclaté. Il vaut mieux, assurément, qu*il n'ait pas tardé davantage.
Dans ma détresse je pensais échauITer, du feu qui me bnklait^ votre âme puisée aux glaciers étemels. Et vous (reconnaissez-le avec ingénuité), vous espériez réduire mon cœur à ce demi-sommeil dans lequel vous vous complaisez, que vous prenez pour la plus haute vertu, et qui n'est, je le crains, que la sagesse de Timpuissance et de la mort. Non! nos âmes n'étaient pas faites l'une pour l'autre ; ce n'est ni votre faute ni la mienne. Vous voulez un amour en dehors de la nature humaine et qui ne se trouve qu'au couvent ou dans la léthargie des plantes.
Est-ce donc ma faute à moi si le sang d'un homme court goutte à goutte dans mes veines? Il vaudrait mieux, je le sais, y sentir circuler la sève glorieuse du plus beau des lis, comme vous redisiez sans cesse, au point de m'en avoir rendu quelquefois très-sottement jaloux.
De lamour, Viviane, vous n'aimez que le mot ; et je suis étonné, vraiment, que vous ne vous soyez pas éprise d'un songe. J'ai le malheur d'être tout le contraire. Homme, j'aime à la nianière des hommes. Faites-vous nonne, Viviane ; rêvez du lis mystique ; l'amour de la terre est véritablement indigne de vous.
Dirai-je encore un mot, Viviane? Sachez donc que je n'ai eu par vous, auprès de vous, qu'un semblant de bonheur. Dans le moment même où je vous paraissais le plus heureux, je sentais qu'un abîme était entre nous. Je souriais, il est vrai, au bord de cet abime; mais je le voyais et je pensais qu'il nous dévorerait tous deux. Voilà comment j'ai vécu. Vous saurez, maintenant, vous expliquer mes soupirs et même ces larmes auxquelles vous ne pouviez trouver de cause.
MEIIUN A VIVIANE.
Mois des myrtes.
Eh bien, oui, Viviane, j'aime la gloire. J'aurais voulu entendre mon nom résonner noblement dans la bouche des hommes. Savez-vous pourquoi? Je suis trop malheureux si vous ne* le devinez pas.
Ce n'est pas moi qui démêlerai si vous parlez sérieusement ou ironiquement de mes pèlerinages et du peu