LIVRE IIV
régions du globe, les rois, nos parents ou alliés, se sont donné rendez-YOus à nos jeux. Qui se serait attendu à rencontrer ici pêle-mêle, Féravis, roi de Gor, Garamon de Cappadoce, et que dis-je, Alifantina, roi des Espagnes? Ce dernier se joint à nous, sans doute, par le privilège de la misère et de la nudité de son peuple. Et pourtant, à moins que Tâge n'ait affaibli mes yeux, je les ai reconnus tous trois, là-bas, à telles enseignes que les chameaux des deux premiers ont commencé à brouter Therbe fleurie dans la cella du temple. Me trompé-je ?
— Nullement, sire, répondit le premier des courtisans; j'ai reconnu aussi les âoiers du roi d^Espagne.
— Quel est celui-ci? demanda Merlin ; je jurerais de l'avoir rencontré, sans pouvoir dire en quel endroit.
— Lequel ?
— Celui qui a le teint si jaune, Tœil évasif I Comme il se hâte lourdement! Tout bouffi, il semble encore s'enfler à vue d'œil...
— Passez sans le regarder davantage, répondit Épistrophius. C'est un bel esprit des ruines, un faux enchanteur qui a juré une haine terrible à tous les véritables. Il a essayé longtemps de rester homme de bien et de faire son chemin par son seul mérite. Mais, n'ayant pu réussir à rien par cette voie-là, il se hâte de prendre sa revanche avec tous les vices.
— Comme il a l'air chagrin !
— C'est vrai. Il lui reste, en fait de conscience, un peu de mélancolie. »
64 HERLIS L'ENCHANTEUR.
Pendant que le roi achevait ces paroles, le sage Merlin laissait errer ses yeux sur la foule rassemblée dans l'étroit vallon. Un seul coup d*œil suffit pour convaincre notre héros que toutes les dynasties qui se pressaient devant lui étaient de la famille d^pistrophius et possé* daient un même génie. C'était partout la même nudité non-seulement de corps, mais d'esprit.
« Je savais bien, se disait-il, que les illustres dynasties qui remplissent les temps obscurs où nous vivons ne sont point imaginaires. Il n'est pas moins très-utile que je les aie rencontrées dans cet endroit, afin que je puisse porter témoignage, un jour, en faveur de leur existence. Et vraiment, ajoutait-il en écoutant le murmure confus, discordant qui montait jusqu'à lui du fond de la vallée, je ne saurais dire, après tout, si elles ne font pas autant de bruit que les monarchies et les empires les plus accrédités dans l'histoire des hommes. »
Nos voyageurs étant entrés dans l'enceinte des jeux, il se fit un moment de silence. On conduisit Épistrophius sur une moitié de chapiteau brisé qui devait lui servir de trône. Il s'assit ayant autour de lui ses serviteurs. Aussitôt Thymne national sortit de toutes les bouches.
Merlin fit des efforts surhumains pour saisir le nom du dieu qu'ils invoquaient. Il lui fut d'abord impossible d*y réussir, parce que la langue des esprits des ruines lui était encore trop nouvelle. Il en balbutiait à peine quelques n)ots qu'il prononçait fort mal, au point de nû