‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 29 sur 177 · LIVRE XIY · texte numérisé non relu

LIVRE XIY

même le fer ne détruisent les cités. Ce qui les fait crouler, c'est...

— Qu'est-ce donc? interrompit la foule toujours trop impatiente.

— C'est d'en ôler la liberté et la Justice, reprit avec calme Epistrophius. »

Merlin, qui avait soufflé cette réponse, baissa les yeux. Tous ou presque tous battirent des mains. Le bruit s'en répandit jusque dans le bois de pin de Dbervény qui est à cinq lieues de là. Epistrophius fut proclamé le roi des jeux. On lui donna la couronne de persil; il reçut en outre, pour récompense, des urnes fêlées, pleines encore d'une cendre humide, dernier reste du peuple puissant des Ituréens. Tels furent les jeux qui remplirent la première journée.

~ Le lendemain, dès le point du jour, l'ambition des meilleurs fut excitée plus encore que la veUfe. On avait réservé, pour l'heure matinale, de disputer le prix du sophisme. Il s'agissait de prouver que le blanc c'est le noir, que le oui c'est le non, qu'il fait nuit à midi, en un mot, de jouer avec la conscience et la parole humaine, comme les anciens trop simples jouaient à la paume, au disque ou aux osselets. Les concurrents furent innombrables ; c'était l'industrie nationale.

Périclès, duc d'Alhènes, prouva qu'il fait nuit en plein jour; Simonide, roi de Pentapolis, que le despotisme est le père de la liberté; Aschillius, roi de Dacie, que le mal est l'auteur de tout bien ; Hélicanus, seigneur de Tyr, que deux et deux font cinq ; Hirtacius, roi des Par-

thes, qu'envahir une nation c'est T affranchir; Mus tansar, roi des Africains, que pour trouver la vérité il faut s'abêtir , Bocchus, roi des Mèdes, que Dieu a commencé par être le diable ; Sagremor de Byzance, que le génie c'est une orgie; Griffopoulos, qu'Homère n'a jamais existé, ni lui, ni aucun grand homme; Pandrasus le Pieux, que le comble de lart humain c'est de ramper; Ergotérion, que le peuple des ruines ne se trompe jamais; Ilocus-Pocus le Madré, que les idées font leur chemin toutes seules, sans que personne s'en mêle ; Tohu-Bohu, roi d'Assyrie, que la vérité c'est le mensonge.

Il y eut une grande incertitude dans l'assemblée quand il fallut donner le prix. Tous l'avaient mérité à certains égards et le réclamaient avec la même violence. La routine jprévalut. On le donna au roi de Byzance7 parce qu'il l'avait obtenu, il y avait quatre ans à peine, aux jeux isthmiques. Il reçut la couronne de pavots et trois pièces de monnaie égini tique qu'on venait tout nouvellement de découvrir dans l'île.

Après cela, les rois et les peuples assemblés disputèrent entre eux le prix de poésie. Il s'agissait de rassembler le plus grand nombre possible de mots sonores, sans toutefois qu'il s'y glissât une seule pensée. En outre, il fallait éviter à tout prix le concours heureux de syllabes longues et brèves d où était née la mélodie an« tique. On compterait, après coup, impartialement, sur ses doigts, le nombre des syllabes. Rien de plus.

.Cthion, le Béotien, fut celui qui approcha le plus

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