LIVRE XVI
de la myrrhe, les brahmanes du corail, les musulmans un rosaire.
« J'accepte, dit-il, le corail et le rosaire pour ma sœur Jeanne, et la myrrhe pour la fête des trois rois. »
Au moment où ses hôtes prenaient congé de lui, le prêtre Jean détacha une petite lampe suspendue à la voûte du cloitre, et, la présentant à Merlin :
if Vous avez entendu parler de la lampe merveilleuse?
— Mille fois.
— La void, Merlin, je vous la donne, puisque vous êtes le roi des enchanteurs. »
Merlin voulut d'abord refuser par modestie. Le bon prêtre Fembrassa et continua :
« Prenez-la, Merlin ! elle est à vous. Elle n'aide pas seulement à trouver les trésors cachés sous la terre, mais bien plutôt les vertus enfouies au fond du cœur des hommes. Allez 1 allumez-la I Éclairez la terre ; partout, dans le moindre réduit, vous trouverez des trésors. »
Merlin reçut la lampe merveilleuse et la remit à Jacques qui ne put se ddendre de la porter. Mais, comme il ne doutait pas qu'elle ne vint de l'enfer, il eut soin de ne l'allumer que lorsqu'il ne put faire autrement, c'est-à-dire, sur l'ordre exprès de notre enchanteur, lequel l'oublia lui-même en diverses circonstances, comme on verra plus tard.
Ayant salué leur hôte, nos voyageurs s'éloignèrent, non pas sans s'être retournés plusieurs fois pour voir encore l'abbaye.
«( Que pensez- VOUS du prêtre Jean? demandait le roi du désert.
— Sire, répondait le prudent Merlin en s' apercevant t[ue les génies du désert, tous courtisans, Tépiaient, s il n'était qu'athée, j'en dirais mon avis; mais panthéiste! »'
Pendant ce temps-là Turpin racontait son histoire. 11 disait comment, s'étant aperçu trop tard du départ de Merlin, il avait interrompu sa lecture pour le suivre. Sur le bruit public, souvent fort mensonger, il l'avait longtemps cherché vainement dans la compagnie des sages. Du moins il avait été assez heureux pour retrouver la harpe de Merlin, dans un bois harmonieux de pins de Ravennes; et il la rapportait intacte, sauf quelques cordes détrempées par la rosée, et qu'il serait aisé de remplacer.
Je laisse à pejiser la joie de mon héros en revoyant cette harpe sacrée qu'il n'espérait plus retrouver jamais. Il la reçut des mains de Turpin en pleurant. Comment avait-elle été égarée dans ce bois de Ravennes? Par qui oubliée? A quelle occasion? Je le sais parfaitement, je pourrais le redire. Mais je ne saurais suffire à tout, dans un sujet où à chaque pas s^ouvre la perspective d'un monde nouveau. C'est au lecteur à faire ici un effort de génie ; il est bon, après tout, qu'il aille quelquefois au-devant du vrai par ses propres conjectures.
Le long récit de Turpin n^était pas achevé que nos voyageurs arrivèrent près des sources de l'Euphrate,