‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 66 sur 177 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

torrentueuse du Darro. D'avance j'ai gravé le mot de /"^/ici^^ sur toutes les murailles, en caractères antiques mêlés de tulipes et de jasmins, parce que ce sont les fleurs que tu aimes le plus. Par ces préparatifs, juge s'il est vrai que je n'ai que des pensées éphémères, comme tu m'en as trop souvent accusé.

Oui, j'ai construit ici, de mes mains, le palais de ma félicité, en marbre et en granit; déjà je te cherche idans ce labyrinthe d'amour. Je t'appelle de salle en salle, de chambre en chambre, comme si tu étais là pour m'en • ^ tendre. Au bruit de mes pas je me retourne et je demande : Est-ce toi ?

Les jasmins exhalent ici une odeur que je n'ai senti qu'une fois en ma vie. Où est le bouquet que tu tenais à la main quand*je te rencontrai dans la bruyère, prés des sources?

Mettrons-nous donc toute notre puissance à nous dés« espérer l'un l'autre? Nos fiançailles n'ont-elles pas duré assez longtemps? Que tardes-tu? Que veux-tu que le monde dise? Il s'étonne que notre mariage soit ainsi différé ; si tu entendais les médisances des roses et des rossignols dans tes propres jardins, ici, sous tes fenêtres, tu n'hésiterais pas davantage à leur donner un démenti nécessaire... En ce moment même, j'ai été obligé de m'interrompre pour leur imposer silence.

ravissement! enchantement! volupté sacrée! Tours vermeilles, -ouvrez vos portes pour recevoir ma bîenaimée ! La voilà qui arrive. Je sens déjà le parfum de ses lèvres. Jets d'eau, répandez au-devant de ses pas vos

perles et vos rubis. Lions, secouez après elle vos crinières ruisselantes ! Murailles jalouses, élevez vos créneaux dans les nues pour cacher au monde nos premiers embrassements. Houris, prosternez-vous aux pieds de votre souveraine. Pierres du seuil, pavé de marbre, alcôves d*albâlre, prenez une voix, écriez-vous : félicité! félicité 1

Jef te jure, Viviane, qu'il n'est pas dans le monde un lieu mieux fait que celui-ci pour être témoin de notre réconciliation, soit que tu veuilles seulement y célébrer nos noces, soit, comme je le préférerais, que lu aies dessein d'y fixer notre séjour étemel. La raison, Vimagi" nation, tout confirme ce que je te dis : un air pur, une * nourriture salubre, des orangers en pleine terre, mais point de simoun ni de sirocco ; jamais un orage ; à nos pieds une Véga où retentissent les romances des Zégris; plus bas le Xéril ; plus bas encore le Darro ; en face de nous, les cimes blanches et arrondies des Alpuxaras, rayées de bleu, de violet, d'orangé et de pourpre. D'ailleurs un peuple toujours en fête, pourvu que je lui répète ton nom ; des femmes aux longues paupières, qui, à travers de grands cils noirs, dardent des regards acérés comme la flèche emplumée que la corde a lancée. Tu ne pourrais en souliaiter de plus belles pour ton cortège. Que te dirai-je enfin? l'Arabie Heureuse, étincelante à l'ombre du bouclier d'Arlhus.

Je te répète que j'ai élevé les murs de TAlhambra pour en faire ton palais d'hiver. Je ne pense pas avoir oublié une seule des choses que tu préfères. Si, par hasard, j'en

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