‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 80 sur 177 · LIVRE XYHI · texte numérisé non relu

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avec votre beau parler. Il est moins diificile d'enchanter les mondes, qui, vous le savez comme moi, sont très-aisément dupes. D'ailleurs, il y a aujourd'hui tant d'enchanteurs, que ce n'est presque plus la peine d'en être un. Pour ma part, je ne vous accorderais jamais ma filleule si vous n'aviez d'autre mérite que celui-là 1

Écoutez-moi, Merlin, j'ai quelque expérience. J'ai vu, à ma cour, des magiciens, des princes, force rois, quelques dieux. J'ai vécu dans leur intimité, entendu leurs secrets, reçu leurs confidences. De tout cela j'ai relire ce que je vais vous dire : Un jour de bonheur légitime donné à qui nous aime vaut toute la gloire du monde. A force d'indiscrétion vous avez compromis ma filleule dans l'univers presque entier : un mariage honnête peut encore tout réparer. Le voulez-yous sérieusement? Donnez-nous alors un gage. Prouvez-moi que ce besoin d'errer, lequeln'est rien autre chose que celui de fuir votre légèreté, votre instabilité, ne vous ressaisira pas quand nous aurons serré les nœuds de diamant. Quel regret, en effet, des deux parts!

Je vous avertis que ma filleule peut faire aujour • ^ d'hui même une alliance plus sortable que la vôtre, au moins par la naissance. La vôtre n'est pas sans inconvénients du côté paternel. Faites oublier cette tache (je ne vous la reproche pas) à force de complaisance, de bonne humeur. 11 ne s'agira plus de voltiger de fleur en fleur, ni de vous dérober d'abîmes en abîmes. Jurez-moi que vous supporterez, en souriant, le poids journalier des

soucis domestiques. Tel est sublime dans une nuit de sabbat ou de magie, sur le sommet du Hartz ou de TEtna, qui est, ma foi ! fort petit au coin du feu dans son ménage. Rien n'est plus fréquent que ces esprits dont l'univers est amoureux, et qui sont les plus renfrognés des êtres, le soir, en tête à tête avec leurs femmes. J'en ai connu plusieurs ; le ciel nous en garde !

Combien de brouilleries, de bouderies, ont déjà gâté les meilleurs de vos jours I Elle a voulu me les cacher ! Je les ai devinées. Jurez-vous qu'elles ne recommenceront pas? Hélas ! tant de différences vous séparent ! Elle est si douce, quand tout lui jobéil, vous si colère ! Elle est la colombe, vous le lion. Tous deux vous voulez commander ; c est à faire trembler qui vous aime, de vous voir mariés.

Puis les enfants viendront, Merlin ! Merlin, y avezvous songé? Votre éducation n'est point celle que j'eusse désirée pour vous. Est-ce celle que vous leur donnerez? J'exige qu'ils soient tous élevés dans ma religion que vous connaissez fort bien. Sinon, point de consentement. J'aimerais mieux, damel tomber vivante entre les griffes de feu votre père.

Parlons aussi de vos enchantements. Sur ce point, j'entends, j*exige que vous promettiez et juriez de ne plus rien céder à l'imagination ni à la fantaisie. Faitesvous enfin de votre profession un gagne-pain solide. Laissez là, je vous prie, du métier tout ce qui est agrément, caprice, futilité, fumée. Soyez utile, Merlin, à vous et aux autres.

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