LIVRE XVIII
songes, le plus beau de votre avoir, ne m'aura pour maître qu'en Tayant pour maîtresse. Revenez, je vous prie, sur votre décision. Qu'il soit commun entre nous, à la bonne heure ! C'est assez que je ne fasse aucune opposition aux autres articles, où vous me comblez sans mesure.
Rassurez-vous, Diane, sur les emportements de mon caractère. Le changement est complet, et, je puis le dire, tout à mon avantage. Mille témoins, au besoin, déposeraient pour moi. Interrogez (je vous y invite moimême) les rossignols que vous rencontrerez, les papillons aux mille yeux, les perles au bord de la mer et les étoiles au collier de la nuit. Tous m'ont vu, tous ont pu me juger, quand moi-même je ne pouvais me voir. Il n'est pas une perle dans la mer, une étoile dans les nues, qui n'estime Merlin. Pressez-les, forcez leur con lidence, quand vous serez seule avec elles. Interrogez même les songes. Qu'ils parlent librement! et jugezmoi sur leurs paroles.
Vous-même, Diane, vous ne reconnaîtriez pas le Merlin que vous avez connu. Plus de fantaisies, plus de vague; encore un peu d'impatience peut-être. Un signe de votre main, un rien, votre petit doigt levé m'en corrigeront. Croyez que les voyages, le temps, l'absence, les occupations assidues, la peine surtout ont mûri mon cœur. Je vous rapporte, Diane, un esprit assagi, dompté, à moitié, par tant d'épreuves.
Quelquefois l'ennui, la solitude, le désespoir m*ont obligé (je l'ai déjà avoué) de mendier çà et là un sou-
rire niême des étoiles du firmament. Un sourire, Diane! m'enlendez-vous? Pas davantage. Interrogez, vous disje, tous vos messagers (j'en excepte les cigales menteuses). Pour moi, je ne crains pas le témoignage des mondes.
Quant à votre bonheur, je m'en fais garant. N'ayez plus aucun sujet d'alarmes. J'honorerai, comme il convient, votre vieillesse. Si vous aimez la chasse, vous irez pour voire plaisir, jamais pour le besoin.
Pensant de même sur presque toutes choses, nous vivrons ensemble sous le même toit. Le soir, au coin de Fâtre, quand vous commencerez une parole, c'est moi qui Tachèverai,
Je n'aime pas les courtisans; d'avance, j'aime les vôtres.
Ne craignez pas que je diminue le nombre de vos gardes, estafiers, hallebardiers. Tous me plairont; ils sont à vous, ils me seront sacrés.
Je promets que nul enchantement ne se fera sans votre conseil ; et pour commencer, mon premier souci sera de trouver la pierre qui change tout en or. La fumée sera pour moi et le trésor pour vous.
Ce qu'il y a de plus simple pour la noce est aussi ce qui me plaira le mieux. Une guirlande, une fauvette à tête noire qui chantera sur nos têtes dans la ramée. Point de festins, s'il vous plaît, ni d'ébats bruyants. Je les hais pour les autres; les souffrirais-je pour moi? Cependant une cérémonie grave qui témoigne pour tous.