‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 94 sur 177 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

210 MëKLIN L'ËNCUANTëUA.

moins glacées que le cœur des hommei, nos ténèbres moins profondes. Une curiosité vaine nous attirait encore vers le séjour des vivants. Toujours trompés, cette curiosité nous a lassés. Pour la dernière fois nous quittons nos demeures. Oui, Merlin, sachez que la terre est si enlaidie depuis votre départ que nous avons juré de n'y plus reparaître, même à ces courts moments où il nous était si aisé de soulever la pierre scellée sur nos tôles.

— Il a dit vrai, répéta la foule. Nos nuits sont moins tristes que le jour des vivants. »

Puis, en hochant la tète :

« Adieu, terre désenchantée! Ruines, murailles soli« taires, vous ne nous verrez plus I

— Que m'annoncez-vous? interrompit Merlin qui refusa d'abord de croire ce qu'il entendait. Ne savezvous pas que j'ai enchanté la terre et particulièrement ce royaume? J*y ai rais moi-même partout la joie et le sourire. Nul d'entre vous n'oserait le nier.

— Oui, répliqua le père de Hamlet en s'efforçant * d'adoucir son visage; tu as répandu la sérénité sur le monde* Mais tes enchantements, pauvre Merlin, ne durent qu'une journée. YoMà ce que nous avons appris depuis que nous voyons ici face à face les choses éter nelles. Tout ce que tu élèves le matin s'écroule le soir. Tu bâtis des choses merveilleuses, mais ce sont là des gouges. Tu donnes des couronnes : elles se flétrissent. Tu appelles le sourire : il se change en larmes; Malheur

à celui qui se confié en tes dons. »

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