LIVRE XIX
Dès que les chiens qui veilkieul au seuil d'Arthus aperçurent Merlin, ils se levèrent et poussèrent de longs hurlements. Bientôt ils le reconnurent; la tête baissée, ils vinrent lui lécher les mains et le conduisirent vers le seuil de leur maiire.
Avertis parleurs aboiements, les deux portiers, Drèm, ix la forte main, Kénon, fils de Klédno, se levèrent a leur tour du banc où ils étaient assis ; et sans parler, tout soupirant et angoisseux, ils ouvrirent les deux pans de la porte de cliène.
Arthus, le noble roi de l'avenir, était étendu sur sa couche dans la plus vaste salle de son palais de bois, jonchée de joncs menus. 11 se mourait du même mal que ses peuples.
La renie Genièvre venait de charger d'amulettes la front de Son époux ; elle gisait, près de lui, sur la peau d'oui's déroulée au pied de la couche royale.
D'où venait le mal d'Arthus? Était-ce la satiété do biens trop facilement acquis? Arthus avouait qu'il ud s'était rassasié à aucune coupe ; pourtant il n'avait plus même soif de la justice.
Etait-ce la vieillesse? Il entrait à peine dans Tàge niùr ; déjà il sentait toutes les glaces de la décrépitude.
Avait-il trop présumé de ^on temps, et s'était-il dégoûté de vivre en le voyant si misérable ? Avait-il été trompé par les générations qui avaient promis de le suivre, et qui maintenant le reniaient à l'envi? Ce coup avait-il brisé en lui les forces et la vertu du héros?
Ahl combien il était différent dans ces jours déjà
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éloignés, où, au milieu d*un inonde ivre de joie, le front ombragé d'un panache, il montrait sa face riante aux jpeuples rajeunis qui acclamaient en lui Tespérance ! Maintenant il attachait ses regards sur son bouclier d'argent suspendu au-dessus de sa tête; mais en le voyant terni comme par le souffle d'un siècle impur, il détournait les yeux et soupirait.
Quand Tannée va mourir, le chêne de la montagne murmure de voir ses feuilles tomber une à une à ses pieds ; il porte envie au fils de l'hiver, au pin ou au mélèze qui garde entière sa verte chevelure dont aucune tempête ne peut le dépouiller. Tel Arthus, se sentant mourir, regardait avec envie, debout au pied de son lit, ses compagnons qui gardaient, sans fléchir, leurs vertes années.
C'est à ce moment qu'entra Merlin, Quand'il se fut approché du moribond, il s'agenouilla, puis il lui prit les mains, les baisa, et lui dit :
« Roi Arthus, Dieu vous sauve! père de toutes les espérances, roi des âmes libres, qui vous a fait cette plaie? »
Le roi refusa de répondre à celte question, maïs il dit:
« Merlin, beau guérisseur des âmes, il est trop tard ! Voyez comme le souffle ine manque et comme l'espé- IratiCe m'est ôtée. Voici le glas qui annonce les funérailles d'Arthus; Plaise au ciel que ce ne soient pas les funérailles d'un monde. »
Alors Merlin se baissa pour visiter les blessures;