ACTE I. SCÈNE IV
Qui fixe enfin les vœux de ce peuple infidèle, Qui m'apporte pour dot l'amour qu'on a pour elle. Je lis au fond des cœurs ; à peine ils sont à moi : Echauffés par l'espoir, ou glacés par l'effroi. L'intérêt me les donne ; il les ravit de même. Toi, dont le sort dépend de ma grandeur suprême, Appui de mes projets par tes soins dirigés, Erox, va réunir les esprits partagés :
Que l'avare en secret te vende son suffrage; Assure au courtisan ma faveur en partage : Du lâche qui balance échauffe les esprits. Promets, donne, conjure, intimide, éblouis. Ce fer au pied du tiône en vain m'a su conduire ; C'est encor peu de vaincre, il faut savoir séduire, Flatter l'hydre du peuple, au frein l'accoutumer, Et pousser l'art enfin jusqu'à m'en faire aimer.*
* César {Mort de César, act. i , se. 4 ) exprime les mêmes idées avec les nuances qui conviennent à la différence des temps et des personnages :
Je sais quel est le peuple, on le change en un jour, etc.