ACTE SECOND
Quoi ! l'univers se tait sur le destin d'É^isthe ! * Je n'entends que trop bien ce silence si triste. Aux frontières d'Elide enfin n'a-t-on rien su?
EURYCLÈS.
On n'a rien découvert ; et tout ce qu'on a vu, C'est un jeune étranger, de qui la main sanglante D'un meurtre encor récent paraissait dégouttante : Enchaîné par mon ordre, on l'amène au palais. f
Un meurtre! un inconnu! Qu'a-t-il fait, Euryclè^ ? Quel sang a-t-il versé ? Vous me glacez de crainte.
EURYCLÈS.
Triste effet de l'amour dont votre âme est atteinte ! Le moindre événement vons porte un coup mortel ; Tout sert à déchirer ce cœur trop maternel ; Tout fait parler en vous la voix de la nature. Mais de ce meurtrier la commune aventure N'a rien dont vos esprits doivent être agi es. De crimes, de brigands, ces bords sont infectés:
* Le sentiment est toujours naturel, mais l'expression touche à l'emphase par le mot d'univers que Voltaire aime à prodiguer.
+ Euryclès a ses agents comme Polyphonte. On ne voit pas bien qui commande à Messène : c'est un reste d'anarchie.