‹ MéropeChapitre 26 sur 80 · ACTE II. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE V

Mon fils est mort !

ISMÉNIE

O dieux !

EURYCLES.

D'indignes assassins Des pièges de la mort ont semé les chemins. Le crime est consommé.

Quoi ! ce jour que j'abhorre, Ce soleil luit pour moi ! Mérope vit encore ! Il n'est plus ! Quelles mains ont déchiré son flanc ? Quel monstre a répandu le reste de mon sang ?

EURYCLÈS.

Hélas! cet étranger, ce séducteur impie, Dont vous-même admiriez la vertu poursuivie, Pour qui tant de pitié naissait dans votre sein, Lui que vous protégiez !

Ce monstre est l'assassin ?

Oui, madame : on en a des preuves trop certaines ; On vient de découvrir, de mettre dans les chaînes, Deux de ses compagnons, qui, cachés parmi nous, Cherchaient encor Narbas échappé de leurs coups. Celui qui sur Egisthe a mis ses mains hardies* A pris de votre fils les dépouilles chéries, L'armure que Narbas emporta de ces lieux : (On apporte cette armure dans le fond du théâtre .)

* Mains hardies est de Racine, qui l'a employé à propos dans Esther :

Quoi ! le traître sur vous porte ses mains hardies ? Mais ici, à propos d'un meurtre, hardies ne suffit pas.

Le traître avait jeté ces gages précieux,

Pour n'être point connu par ces marques sanglantes.*

MÉROFE.

Ah ! que me dites-vous ? Mes mains, ces mains tremblantes,

En armèrent Cresphonte, alors que de mes bras Pour la première fois il courut aux combats. O dépouille trop chère, en quelles mains livrée ! Quoi ! ce monstre avait pris cette armure sacrée.

EURYCLÈS.

Celle qu'Egisthe même apportait en ces lieux.

Et, teinte de son sang, on la montre à mes yeux! Ce vieillard qu'on a vu dans le temple d'Alcide...

EURYCLÈS.

C'était Narbas ; c'était son déplorable guide ; Polyphonte l'avoue.

Affreuse vérité !

Hélas ! de l'assassin le bras ensanglanté, Pour dérober aux yeux son crime et son parjure, f Donne à mon fils sanglant les flots pour sépulture ! Te vois tout. O mon fils ! quel horrible destin !

EURYCLÈS.

Voulez-vous tout savoir de ce lâche assassin ?

* On ne saisit pas trop bien le raisonnement d'Euryclès. L'armure d'Egisthe, trouvée dans le voisinage du lieu où le meurtre s'est accompli, ne prouve pas que le corps mort, qui ne s'est pas retrouvé, en eût été revêtu, ni qu'Egisthe l'eût portée, ni qu'il l'eût rejetée. Ce rapport d'Euryclès suffit pour justifier la méprise de Mérope; mais comment justifier Euryclès ? Cette invraisemblance est un des vices de la tragédie. Le poëte italien avait mis plus d'adresse pour amener l'erreur de Mérope en supposant qu'Égisthe, arrêté comme meurtrier, portait au doigt l'anneau de Cresphonte. Ce joyau est un indice plus heureusement imaginé que la lourde armure emportée on ne sait comment par Narbas, et jetée on ne sait pourquoi par Égisthe.

t Parjure est de trop pour le sens.

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