‹ MéropeChapitre 29 sur 80 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

NARBAS.

O douleur! o regrets! ô vieillesse pesante!

Je n'ai pu retenir cette fougue imprudente,

Cette ardeur d'un héros, ce courage emporté,

S'indignant dans mes bras de son obscurité.

Je l'ai perdu ! la mort me l'a ravi peut-être.

De quel front aborder la mère de mon maître ?

Quels maux sont en ces lieux accumulés sur moi !

Je reviens sans Egisthe ; et Polyphonte est roi !

Cet heureux artisan de fraudes et de crimes,

Cet assassin farouche, entouré de victimes,

Qui, nous persécutant de climats en climats,

Sema partout la mort, attachée à nos pas,

Il règne ; il affermit le trône qu'il profane ;

Il y jouit en paix du ciel qui le condamne.*

Dieux ! cachez mon retour à ses yeux pénétrants ;

Dieux! dérobez Egisthe au fer de ses tyrans :

Guidez-moi vers sa mère, et qu'à ses pieds je meure!

Je vois, je reconnais cette triste demeure

Où le meilleur des rois a reçu le trépas,

Où son fils tout sanglant fut sauvé dans mes bras.

Hé'as ! après quinze ans d'exil et de misère,

Je viens coûter encor des larmes à sa mère.t

* Souvenir de ce passage de Juvénal :

Et fruitur dis

Iratis.

L'expression du poëte latin est aussi claire qu'elle est énergique, tandis qu'on ne comprend guère ce que veut dire jouir du ciel.

f C'est un peu sa faute. Pourquoi a-t-ii été prudent au point de prendre avec Egisthe le nom de Polyc ète, et de faire de cet enfart piéservé pour le trône un miracle d'ignorance? Quel nom avaii-u donné à Egisthe ? Nous n'en savons rien par toute la pièce.

A qui me déclarer ? Je cherche dans ces lieux Quelque ami dont la main me conduise à ses yeux; Aucun ne se présente à ma débile vue.

Je vois près d'une tombe une foule éperdue ; J'entends des cris plaintifs. Hélas ! dans ce palais Un dieu persécuteur habite pour jamais.

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