‹ MéropeChapitre 50 sur 80 · GARDES · texte numérisé non relu

GARDES

POLYPHONTE

(Narbas et Euryclh s'éloignent un peu,)

Retirez-vous ; et toi, dont l'aveugle jeunesse Inspire une pitié qu'on doit à la faiblesse, Ton roi veut bien encor, pour ta dernière fois, Permettre à tes destins de changer à ton choix. Le présent, l'avenir, et jusqu'à ta naissance, Tout ton être, en un mot, est dans ma dépendance. Je puis au plus haut rang d'un seul mot t'éiever, Te laisser dans les fers, te perdre, ou te sauver. Elevé loin des cours et sans expérience, Laisse- moi gouverner ta farouche imprudence. Crois-moi, n'affecte point, dans ton sort abattu, Cet orgueil dangereux que tu prends pour vertu. Si dans un rang obscur le destin t'a fait naître, Conforme à ton état, sois humble avec ton maître. Si le hasard heureux t'a fait naître d'un roi, Rends-toi digne de l'être en servant près de moi.* Une reine en ces lieux te donne un grand exemple ; Elle a suivi mes lois, et marche vers le temple. Suis ses pas et les miens, viens aux pieds de l'autel Me jurer à genoux un hommage éternel.

Puisque tu crains les dieux, atteste leur puissance, Prends-les tous à 'émoin de ton obéissance. La porte des grandeurs est ouverte pour toi: Un refus te perdra. Choisis, et réponds-moi.

* Ces vers rappellent, sans l' égaler, le dilemme de Mathan dans Athalie, act. ii., se. 5 :

A d'illustres parents s'il doit son origine, La splendeur de son rang doit hâter sa ruine ; Dans le vulgaire obscur si les dieux l'ont placé Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé?

ÉGISTHE

Tu me vois dé armé, comment puis- je répondre ? * Tes discours, je l'avoue, ont de quoi me confondre. Mais rends-moi seulement ce glaive que tu crains, Ce fer que ta prudence écarte de mes mains : Je îépondrai pour lors, et tu pourras connaître Qui de nous deux, perfide, est l'esclave ou le maître: Si c'est à Polyphonte à régler nos destins, Et si le fils des rois punit les assassins.

POLYPHONTE

Faible et fier ennemi, ma bonté t'encourage : Tu me crois assez grand pour oublier l'outrage, Pour ne m'avilir pas jusqu'à punir en toi Un esclave inconnu qui s'attaque à son roi. Eh bien ! cette bonté, qui s'indigne et se lasse, Te donne un seul moment pour obtenir ta grâce. Je t'attends aux autels, et tu peux y venir : Viens recevoir la mort, ou jurer d'obéir. Gardes, auprès de moi vous pourrez l'introduire ; Qu'aucun autre ne sorte, et n'ose le conduire. Vous, Narbas, Eurycîès, je le laisse en vos mains. Tremblez ! vous répondrez de ces caprices vains. Je connais votre haine, et j'en sais l'impuissance ; f Mais je me fie au moins à votre expérience. Qu'il soit né de Mérope, ou qu'il soit votre fils, D'un conseil imprudent sa mort sera le prix.

* Égisthe a déjà tenu le même langage, act. iv., se 2., lorsqu'il

disait :

Mon bras, qui t'eût puni s'il n'était désarmé.

t Ce vers est une précaution du poète, mais cette précaution même donne l'éveil sur l'imprudence de Polyphonte, qui laisse Egisthe aux mains de Narbas et d'Euryclès, connus tous deux pour ieur dévouement à Mérope.

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