ACTE V. SCENE IV. 6j ÉGISTHE
Auriez- vous des amis dans ce temple funeste ?
J'en eus quand j'étais reine, et le peu qui m'en reste Sous un joug étranger baisse un front abattu ; Le poids de mes malheurs accable leur vertu : Polyphonte est haï ; mais c'est lui qu'on couronne : On m'aime, et l'on me fuit.*
ÉGISTHE
Quoi ! tout vous abandonne !
Ce monstre est à l'autel ?
11 m'attend.
ÉGISTHE
Ses soldats
A cet autel horrible accompagnent ses pas ?
Non: la porte est livrée à leur troupe cruelle: Il est environné de la foule infidèle Des mêmes courtisans que j'ai vus autrefois S'empresser à ma suite, et ramper sous mes lois.t Et moi, de tous les siens à l'autel entourée, De ces lieux à toi seul je puis ouvrir l'entrée.
ÉGISTHE
Seul, je vous y suivrai; j'y trouverai des dieux Qui punissent le meurtre, et qui sont mes aïeux.
Ils t'ont trahi quinze ans.
* C'est, sous une autre forme, la pensée de Juvénal :
Probitas laudatur et alget.
+ Cette disposition, favorable au succès de l'entreprise que inédite Egisthe, n'est pas en rapport avec les soupçons du tyran et de son complice Krox.
ÉGISTHE
Ils m'éprouvaient, sans doute.
Eh ! quel est ton dessein ?
ÉGISTHE
Marchons, quoi qu'il en coûte.
Adieu, tristes amis ; vous connaîtrez du moins Que le fils de Mérope a mérité vos soins,
{à Narbas, en P embrassant.) Tu ne rougiras point, crois-moi, de ton ouvrage ; Au sang qui m'a formé tu rendras témoignage.*