‹ MéropeChapitre 58 sur 80 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

MÉROPE, ISMÉNIE, NARBAS, peuple, soldats.

(On voit dans le fond du théâtre le corps de Polyphonie^ couvert d'une robe sanglante?)

Guerriers, prêtres, amis, citoyens de Messène,

Au nom des dieux vengeurs, peuples, écoutez-moi.

Je vous le jure encore, Egisthe est votre roi :

Il a puni le crime, il a vengé son père.

Celui que vous voyez traîné sur la poussière,

C'est un monstre ennemi des dieux et des humains :

Dans le sein de Cresphonte il enfonça ses mains.

Cresphonte, mon époux, mon appui, votre maître,

Mes deux fils sont tombés sous les coups de ce traître.

Il opprimait Messène, il usurpait mon rang ;

Il m'offrait une main fumante de mon sang.

(En courant vers Egisthe, qui arrive la hache à la main?)

de celui ftlphigênie en Aulide. Qu'on lise, que l'on compare, et qu'on juge, si le sens de la narration, le choix des circonstances, cette vérité de détails et d'expressions, qui met sous les yeux la chose même, pourrait aller plus loin que dans le récit d'Isménie." — {La Harpe.) Si pour ce morceau d'un si bel effet, et justement loué par La Harpe, Voltaire doit beaucoup à Maffei, qu'il a surpassé, il doit aussi quelque chose à Racine qui a comme tracé la marche de cette narration si vive dans le récit plus sobre et moins étendu de Zacharie, dans Athalie, act. ii., se. 2.

Celui que vous voyez, vainqueur de Polyphonte, C'est le fils de vos rois, c'est le sang de Cresphonte ; C'est le mien, c'est le seul qui reste à ma douleur. Quels témoins voulez-vous plus certains que mon cœur ? Regardez ce vieillard ; c'est lui dont la prudence Aux mains de Polyphonte arracha son enfance. Les dieux ont fait le reste.

narbas.

Oui, j'atteste ces dieux Que c'est là votre roi qui combattait pour eux.

ÉGISTHE

Amis, pouvez-vous bien méconnaître une mère ? Un fils qu'elle défend ? un fils qui venge un père ? Un roi vengeur du crime ?

Et si vous en doutez, Reconnaissez mon fils aux coups qu'il a ponés,* A votre délivrance, à son âme intrépide. Eh ! quel autre jamais qu'un descendant d'Alcide, Nourri dans la misère, à peine en son printemps, Eût pu venger Messène et punir les tyrans ? Il soutiendra son peuple, il vengera la terre. Ecoutez, le ciel parle ; entendez son tonnerre. Sa voix qui se déclare et se joint à mes cris, Sa voix rend témoignage, et dit qu'il est mon fils.

* Ce vers admirable de pensée, de sentiment et d'expression, est gâté par le développement prosaïque qui suit :

A votre délivrance, à son âme intrépide. Ii fallait savoir s'arrêter à temps. Quoi qu'il en son, jamais identité n'a été constatée plus poétiquement.

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