‹ MerrâkechChapitre 100 sur 223 · CHANTS DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

CHANTS DU TRAVAIL

psychologique ; c’est en chantant que les martyrs chrétiens attendaient les hêtes au cirque, en chantant aussi que les Templiers montaient au bûcher ou les Girondins à l’échafaud. Il me semble que, dans des cas pareils, le chant n’agit pas seulement comme un stupéfiant ou un anesthésique. Les chants du travail portent généralement la marque caractéristique de l’âme du chanteur; ne subissant point ou presque point les variations individuelles, ils reflètent avant tout l’état d’esprit de tout une race. Les paroles de ceux des Marocains sont en général douces, tristes et religieuses. Voici un chant de dameur de terrasses : d)

« Je commence par le nom du Seigneur sans pareil — {Refrain). O notre Seigneur ! — Le nom de Dieu est un préservatif en toute chose — En lui j’ai mis toute ma confiance, en lui je me repose — Celui qui met son espoir en Dieu, le Très-Haut — Voyage avec profit et en paix. ))

Ces derniers mots sont une allusion au sort du malheureux travailleur obligé de s’exiler de son pays pour gagner sa vie ; être loin de son pays, c’est toujours une grande douleur pour un musulman. Le chant suivant, propre également aux dameurs de terrasse et autres ouvriers maçons, exprime le même sentiment. L’auteur y invoque le saint du pays où il travaille :

«Je suis l’hôte envoyé par Dieu, ô Moûlaye Bou Cha'îb — Prêtre des croyants, perfection des gens de bien, ô notre Seigneur ! — O Imâm des pèlerins — O celui qui est

(1) Un chant analogue a été noté par Urquhart, « Pillars of Hercules », II, p. 418. — Au rebours des trois chants du moulin qui précèdent, tous les chants qui suivent, sont du Maroc. — Cpr. chant des dépiqueurs dans Marçais, « Dial, de Tlemcen », p. 283.

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