‹ MerrâkechChapitre 99 sur 223 · CHANTS DU MOULIN · texte numérisé non relu

CHANTS DU MOULIN

partie, ô la belle aux pendants d’oreilles, sans retour — Ta jambe était comme un lys — O femme, semblable à une gazelle ».

Gela ne veut pas dire grand chose; la suivante est plus compréhensible. On se la chante d’une tente à l’autre : une femme dit les vers, l’autre reprend le refrain, toujours le même et que je ne reproduis ici qu’une fois :

« La souris mâle dit : « Je me ferai tuer pour elle (b — [Refrain). Qu’est-il donc arrivé à la souris femelle ? — Ou bien il faudra me fusiller — C’était une jeune fille de bonne famille — Qui n’avait jamais traversé le douar — Et qui n’allait jamais aux fêtes de nuit — Sa toison aurait suffi à faire un hâïk — Et il eût resté de quoi faire un sac — On l’a amenée du bout du douar — Ils la prenaient pour une voleuse — C’était une vache au commencement de l’été (1 2) — Sur laquelle se sont abattus les bouchers ».

Ces chants sur le travail sont sans doute bien antiques et les folkloristes se sont dans ces derniers temps complus à les recueillir ; ils pourraient servir d’illustration aux vues ingénieuses qui ont été émises depuis quelques années sur les rapports du rythme, du travail et de l’art; plus un travail est rythmé, plus il est régulier; or, la régularité c’est la beauté ; peut-être toute la beauté. Je crois, d’ailleurs, que dans le chant, il y a un stimulant autre que le rythme, ne fut-ce que l’effort fait pour chanter qui, par un de ces entraînements sympathiques fréquents dans l’organisme et bien étudiés par les physiologistes modernes, augmente la puissance de travail. Le chant est de même un stimulant

(1) C’est une souris mâle qui parle et qui est censée pleurer la mort de sa femelle : je me ferai tuer pour elle, c’est-à-dire je risquerai la mort pour la venger.

(2) C’est-à-dire une vache grasse.

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