‹ MerrâkechChapitre 12 sur 223 · LE VOYAGEUR CHRETIEN AU MAROC · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR CHRETIEN AU MAROC

mais le peuple 11e se perd pas dans ces discussions d’école, et ici de petits incidents sans importance, mais irritants pour les épidermes trop sensibles, surtout à cause de leur continuelle répétition, rappellent à chaque instant au voyageur qu’il n’est qu’un mécréant: il faut pour voyager au

associent les saints à Dieu (Hughes, « Dict. of Islam », s. v.). Quoi qu’il en soit, il est certain qu’aujourd’hui dans le dialecte vulgaire de l’Afrique du Nord, el mouchrikîn désigne les chrétiens. A Alger, en particulier, dans la langue parlée, mouchrik est nettement synonyme de roûmi. Nous croyons intéressant de citer ici le commentaire de Béïdâoui et celui d’El Khâzin. Nous choisissons ces deux ouvrages entre tant d’autres parce que le premier est le seul commentaire édité en Europe et parce que le second est très répandu parmi les indigènes de l’Algérie : bien que ce ne soit qu’une compilation fort ordinaire, ils le trouvent avec raison clair et suffisamment développé, sans être trop volumineux. El Béïdâoui dit : « A cause de la turpitude qu ils recèlent, ou bien parce qu’il faut s’éloigner d’eux comme des choses impures, ou bien parce qu’ils ne font pas d’ablutions et ne se gardent pas des impuretés qu’ils conservent avec eux le plus souvent, et c’est là un exemple montrant que ce qui est le plus souvent impur doit être réputé impur en principe ; d autre part, Ibn 'Abbâs rapporte une tradition déclarant qu’eux-mêmes sont impurs à l’égal des chiens ». El Khâzin, Le Caire, 1303, II, p. 235, 1. 12 : « On a dit que mouchrikîna doit s’entendre exclusivement des idolâtres ; d’autres disent au contraire que ce mot désigne tous les infidèles, les idolâtres et les autres, tels que les juifs et les chrétiens ; il faut entendre par nadjis ce qui est immonde, qu’il s’agisse des hommes ou des choses, d’autres le prennent dans le sens de turpitude ; l’impureté dont il s agit ici est une impureté de l’ordre canonique (c’est-à-dire qualifiée telle parla parole divine), et non une impureté de nature, le mot nadjis étant employé ici seulement comme un blâme, puisque les docteurs sont d’accord pour reconnaître que le corps des moucbrikîna n’est pas essentiellement impur ; d’autres disent au contraire que leur impureté est matérielle, comme celle du chien et du porc ; et même El Haçan ben Sâlih a dit : « Celui qui touche un mouchrik, doit se purifier ensuite par une ablution ». On rapporte également cela de la secte chiite des Zéidites ; mais la première version est la plus vraisemblable et Katâda a dit: « Ils sont qualifiés d impurs parce qu ils satisfont leurs besoins sexuels et leurs besoins naturels sans se laver et sans se purifier par une abblution ».

Page 1