TYPE PHYSIQUE DES DOUKKALA
Les hommes des Doukkâla sont, en général, grands et bien découplés (fig. 51) ; on trouve aussi à côté de ce type
de stature élevée, un autre type petit, trapu et fort (fig. 60) : tous les deux sont bruns. La présence des blonds est très remarquable d’autre part ; beaucoup de Doukkâla, en effet, ont les yeux bleus et le poil roux : ces blonds sont en général d’assez grande taille et forment ainsi un troisième type fréquent dans ce pays (fig. 63). Je n’ai pas à rappeler ici les discussions qu’a soulevées la présence des blonds dans l’Afrique du Nord. Comme le fait très justement remarquer Quedenfeldt 0), les blonds dans les contrées du Centre et du Sud du Maroc sont très rares : mais il faut ajouter , comme exception, qu’ils sont communs chez les Doukkâla.
On y rencontre beaucoup de lépreux (1 2) : ils sont parqués dans un village spécial, aux Oulâd Soubéïta, fraction dont nous avons parlé plus haut (3). Comme partout au Maroc ce groupement spécial des lépreux porte le nom de « hâra ». Il se compose d’une dizaine de nouâla, entourées d’un mur en pierres sèches : il ne doit pas y avoir là plus d’une quaran-
Fio. 51. — Un doukkâli type brun et grand
[Cliché de l’auteur )
(1) Quedenfeldt, « Div. et rép. îles Berb. au Maroc», trad. Simon, p. 32.
(2) Gpr Weissg-erber, « Trois mois au Maroc », p. 153.
(3) Voy. supra, p. 182.
LllPREUX
tain© do personnes. Chaque fais que l’on constate dans la tribu qu‘un individu est atteint de la lèpre, ou de quelque maladie analogue, on l’oblige à aller vivre au luira : s'il résiste, on le dénonce au caïd qui le contraint. L’opinion publique veut que les fils de lépreux n’aient pas la lèpre
Fig. 52. — Un lépreux chez les Doukkàla
( Cliché de l’auteur )
s’ils sont nés au hâra, tandis qu’ils l’ont s’ils naissent de parents lépreux non internés dans ce quartier. Sans doute il ne faut voir là qu’un raisonnement justificatif destiné à engager les lépreux à se rendre au liàra. Si les enfants deviennent du reste manifestement lépreux, on les réintègre dans la léproserie. D’ailleurs, s’agit-il toujours de véritables lépreux? Il y a là probablement un grand nombre de maladies confondues. En réalité on doit y envoyer tous
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NOURRITURE DES DOUKKALA
les sujets atteints d’affection de la peau plus ou moins répugnantes. Gomme à Merrâkech, où nous retrouverons un luira ; les lépreux des Doukkâla sont voilés et porte un chapeau à larges Lords, nommé « tarâza » 0).
Le luira des Oulâd Soubéïta est aujourd’hui le seul des Doukkâla : il y avait autrefois un liâra à Mazagan et feu M. Brudo père nous disait se rappeler l’avoir vil : il n’existe plus. Sans doute la terrible maladie recule tous les jours et disparaît devant l'aisance et la propreté. Cette dernière n’est pas un vain mot dans les Doukkâla qui se distinguent entre toutes les tribus du Hoûz par les soins qu’ils donnent à leur personne; on les voit continuellement en train de se laver. Il y a sans doute beaucoup de peuples civilisés dont on ne pourrait pas en dire autant.
Le fonds de l’alimentation des Doukkâla est l’orge et le maïs; il n’y a que les gens riches qui mangent du blé. Le mets le plus répandu est la «dchîcha» , qui est en somme une sorte de couscoussou d’orge (1 2). Le couscoussou de blé, « kesksou » ou « seksou », est un plat plus recherché. C’est surtout dans le Hoûz qu’il porte ce nom : dans le Rarb on l’appelle plutôt « ta'âm », c’est-à-dire « la nourriture (par excellence) (3) » . La viande que l’on mange le plus souvent est
(1) Ce chapeau est d’ailleurs, dans le Nord du Maroc, employé par les campagnards. Cf Montet, « Voyage au Maroc », in « Tour du Monde », 18 juillet 1003, p. 337, fig.
(2) Voy. Marçais, « Dial, de Tlemcen », p. 307, et les références qu’il donne. Nous passons légèrement ici sur les détails relatifs à l’alimentation, parce que nous nous étendrons sur ce sujet à propos des tribus des environs de Mogador.
(3) C’est ainsi que dans certaines parties du Sahara, il est appelé « 'aïch », c’est-à-dire vie, subsistance. Cf. Serres et Lasram, « Senoussia », p. 130; Landberg, « Langue arabe », p. 60.