LA CUILLER DES DOUKKALA
entier beaucoup plus répandus que les types arrondis (b. Cependant la cuiller des indigènes de l’Algérie est habituellement ronde; mais la cuiller algérienne sert indifféremment, sauf quelques exceptions, à manger le couscoussou et la bouillie, tandis que les tribus du Hoùz qui usent de la mhara
Fig. 53. — La cuiller des Doukkâla (Patella ferruginea) ; le trait représente
le diamètre réel
( Cliché de M. Flamand, d’après les échantillons de l’auteur )
tiennent à honneur de ne manger le couscoussou qu’avec les doigts. G. de Mortillet a remarqué avec raison qu’aux pays dans lesquels les pâtes ou les grosses semoules font la base de l’alimentation on ne se sert pas de la cuiller (1 2); c’est ainsi
(1) Cf de Mortillet, in « Bull. Soc. Anthrop ». Paris, 4e série, t. II, 1891, p. 132.
(2) G. de Mortillet, loc. cit . , p. 136.
PARURE DES DOUKKALA
qu’en Orient, les populations qui se nourrissent presque exclusivement de riz 11e connaissent pas les cuillers; les musulmans, qui mangent surtout du couscoussou, sont un peu dans le môme cas. Ce qui est curieux, c’est que les Doukkala se mettent aujourd’hui à fabriquer, sur le modèle exact des cuillers européennes, des cuillers en corne à manche très court et qu’ils continuent à appeler ces nouveaux
Fig. 54. — La cuiller de corne des Doukkàla
(1 Cliché de M. Flamand, d’après l’échantillon rapporté par l’auteur)
ustensiles du nom de « mhâra » (b, c’est-à-dire coquillage ! Le mot « mrerfa », qui désigne habituellement la cuiller dans le reste de l’Afrique du Nord est inusité chez eux (* 2). Il y a donc la « mhâra nta'at lbhar » ou « cuiller de mer » et la « mhâra nta'at lguern », ou « cuiller de corne » : cette dernière se débite sur les marchés au prix de cinq sous marocains.
Les femmes des 1 )oukkâla sont particulièrement coquettes : elles se mettent aux joues le fard rouge que l’on vend à Merrâkech et sur les marchés, dans de petites soucoupes en terre et qui s’appelle « 'aker » ; elles se teignent les lèvres avec le souâk, elles se font avec un noir animal plus ou
(1 On entend parfois la forme altérée « mharùra ».
(2) Dans les villes de la côte, la fourchette européenne est appelée « guerfou », mot qui a la même racine que «mrerfa» et que l’espagnol « garfîo ».