TATOUAGE
moins fin une bande au-dessus des sourcils, bande qui barre tout le front, descend le long des tempes et en arrière des joues pour se refermer sur le menton (b. Les tatouages sont très répandus : il a des « ma'allema » spéciales qui parcourent les tribus pour les exécuter. Les femmes portent généralement une marque verticale sur le front, entre les deux sourcils ; puis une autre raie verticale sur le menton qui se continue sur le cou, s’épanouissant en dessins plus ou moins compliqués, descend entre les seins, puis sur le ventre et s’arrête au nombril. Beaucoup d’entre elles ont en outre le pubis orné d’un autre tatouage. D’autres dessins, plus ou moins compliqués ornent les bras, les avantbras, les poignets, les mains et aussi les jambes jusqu’à la cheville. Les hommes se bornent en général à se tatouer le gras du bras droit, en dehors et au-dessous de l’épaule. Les tatouages peuvent, jusqu’à un certain point, révéler l’origine d’un individu : ainsi les Ghâouia qui se tatouent beaucoup plus que les Doukkâla, ont très souvent les deux bras ornés de dessins sur la face antérieure; ces dessins naissent à l’épaule et se continuent sur les poignets et la main jusqu’à la racine des doigts et même plus loin. Les 'Abda ont toujours un petit tatouage sur le gras du muscle qui est entre le pouce et l’index, sur la face dorsale de la main; d’autres ont tout le dessus de la main tatoué. Les Rehâmna se tatouent très peu et généralement sur le dos des premières phalanges digitales. Chez eux aussi, on trouve assez souvent un petit tatouage sur le front, au-dessus de la racine du nez; c’est fréquent chez les Ghâouia. Ghez ces derniers, on trouve des hommes qui ont la poitrine tatouée; leurs femmes sont peut-être encore plus couvertes
(1) Nous reviendrons sur ce sujet à propos des Hàlia.
BIJOUX DES DOUKKALA
do tatouages que les Doukkâliyât ; celles des 'Abda se tatouent beaucoup aussi ; celles des Chiàdma très peu.
Fig. 55. — Femme doukkàliya portant son enfant
( Cliché de l'auteur )
Les boucles d’oreilles sont, comme partout, d’un usage universel : les riches portent les grands pendants d’oreilles appelés a dowwâh », tandis que les pauvres portent des « khras », ou boucles d’oreilles plus petites. Les hommes ne portent jamais rien aux oreilles ; seuls, les riches, lorsqu’ils ont un jeune garçon, lui mettent parfois des anneaux. Au cou, les femmes, lorsqu’elles sont parées, portent un collier ou <x mdéjja », composé de pièces de monnaies , demidouros et quarts de douros haçanis, ou encore de monnaies
VÊTEMENT DES DOUKKÂLA
espagnoles en argent; jamais d’or, sauf chez quelques seigneurs, mais en revanche énormément de corail. Les doukkâliennes recherchent beaucoup le corail (« morjân »), qui est excessivement répandu. Toutes en veulent posséder : si le mari est riche, la femme s’amasse à ses dépens un petit pécule pour se procurer des bijoux en corail; s’il est pauvre et qu'il ne lui fasse pas ce cadeau , il advient souvent que sa femme porte au cou, sous forme de corail, le prix de son déshonneur. Les femmes s’ornent le front d’une parure de pièces anciennes. Un bijou très répandu dans d’an très régions du Maroc, paraît très peu connu ici ; nous voulons parler de la petite main en argent appelée « khoms » ou « kharnsa ». Les femmes portent au bras le « deblîj » ou bracelet massif d’une seule pièce, peu orné; les bracelets de forme plus grande et plus ouvragés sont moins fréquents, à cause de leur cherté. L’usage des anneaux de pied est inconnu dans les Doukkàla.
Le vêtement habituel des Doukkàla est tout simplement le « hâïk » en laine, porté seul sur la peau ou quelquefois par dessus une chemise, mais ce dernier cas est relativement rare. Le hâïk en laine est fabriqué par les Doukkâliennes ; il s’en produit beaucoup aussi à Azemmoûr et à Mazagan et les navires qui fréquentent ce dernier port chargent régulièrement leurs ballots rayés de gris et de noir à destination du Sénégal et de 1 Egypte. Déjà Léon l’Africain écrivait en parlant des habitants d’une ville des Doukkàla dont nous avons longuement parlé, El Mdîna : « Le peuple s’habille de draps de laine qui se font en ce pays-là et les femmes se parent de divers atours et ornements d’argent (b », retenant
(1) Léon in Ramusio, I, fol. 23, B; trad. Temporal, I, 215.